Les récentes élections municipales ont profondément transformé le paysage politique de nombreuses communes. À Saint-Étienne, Régis Juanico a été élu Maire, entouré d’une nouvelle équipe municipale. Élu également président de Saint-Étienne Métropole, il devra relever de nombreux défis au cours de son mandat. Cette rencontre, qui marque symboliquement les six premiers mois de son mandat, nous permet d’aborder quelques enjeux clés, tels que le commerce, la culture ou encore l’écologie. Elle nous donne aussi l’occasion de faire mieux connaissance avec lui.

Certains Stéphanois et habitants de la métropole ne vous connaissent peut-être pas encore. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre parcours, votre engagement politique, votre attachement à Saint-Étienne ?

Je suis arrivé à Saint-Étienne il y a 25 ans et j’y vis toujours. C’est ici que j’ai construit ma vie et une grande partie de mon engagement politique. J’ai été élu conseiller général en 2004, puis député de la Loire en 2007, un mandat que j’ai exercé pendant quinze ans. J’ai aussi été conseiller départemental pendant vingt-deux ans. Pendant toutes ces années, je suis resté présent à Saint-Étienne et auprès de ses habitants. C’est cette présence qui m’a permis de bien connaître la ville, ses quartiers, mais aussi les communes de la métropole, et surtout de rencontrer et de travailler avec beaucoup de Stéphanoises et de Stéphanois. J’aime profondément Saint-Étienne. J’aime la capacité de ses habitants à se mobiliser, à faire vivre leurs associations, leurs clubs sportifs, leurs initiatives culturelles. La ville a des difficultés, je les connais. Mais elle a aussi de vraies forces : son tissu associatif, le sport, la culture, l’université, ses acteurs économiques. Et je crois que ces forces existent aussi à l’échelle de la métropole.

J’ai toujours été fier de représenter les Stéphanoises et les Stéphanois. Si j’ai été candidat aux élections municipales, c’est parce que je pense que Saint-Étienne et la métropole doivent retrouver confiance et fierté. Après vingt-deux ans comme élu local, je veux mettre cette expérience au service de la ville et du territoire. Devenir maire de Saint-Étienne et président de Saint-Étienne Métropole est la suite de cet engagement. Je connais ces territoires de l’intérieur, leurs difficultés comme leurs atouts, et je veux maintenant agir concrètement pour leur avenir.

Nous allons aborder quelques thèmes importants, en commençant par celui qui nous a toutes et tous touchés cet été, avec des épisodes de canicule particulièrement marquants, notamment en ville. L’écologie fait partie des priorités annoncées en début de mandat. Est-ce que ces événements ont accéléré certaines décisions ?

Nous ne sommes pas tous égaux face aux épisodes de canicule. On sait que les personnes âgées, les personnes isolées sont plus fragiles, mais aussi les enfants, puisqu’on a eu des canicules précoces avant la fin de l’année scolaire, avec des températures très élevées dans les classes. En cette rentrée scolaire, nous sommes en train d’expérimenter des brasseurs d’air à l’école de Montchovet pour regarder quels effets concrets cela peut avoir. On nous dit qu’il pourrait aussi y avoir des épisodes de canicule en septembre, donc peut-être aurons-nous la possibilité de tester en temps réel.

Nous avons aussi essayé de mieux recenser les personnes isolées et les personnes âgées, de façon à ce qu’elles aient, pendant ces épisodes de canicule, un contact humain et pas simplement un automate qui rappelle au téléphone. De même, dans nos EHPAD et dans un certain nombre de bâtiments municipaux, nous avons pris des mesures adaptées. Lors des premières canicules, nous avons mis des conteneurs d’eau à disposition du public sur les grandes places de la ville. Et puis nous avons mis en place des mesures nouvelles. En particulier, nous avons considéré qu’une seule piscine ouverte l’été à Saint-Étienne, pour une ville de 175 000 habitants, ce n’était pas suffisant. Cet été, en complément de la piscine Raymond Sommet, nous avons donc pu ouvrir une autre piscine, au moins les après-midi. Nous avons également renforcé le bus numéro 36, qui permet de desservir depuis le centre-ville de Saint-Étienne la plage de Saint-Victor-sur-Loire. Nous avons eu la chance de ne pas avoir de cyanobactéries tout au long de l’été : les analyses de l’ARS étaient conformes. C’est une bonne nouvelle. Nous avons eu une hausse de fréquentation de la ligne 36 de 50 % cet été. Cela veut dire que les Stéphanoises et les Stéphanois avaient la possibilité, au moins sur deux piscines et sur la plage de Saint-Victor-sur-Loire, de pouvoir se rafraîchir. Nous avons aussi ouvert les parcs la nuit et adapté le dispositif scolaire afin que les parents puissent récupérer leurs enfants l’après-midi s’ils le pouvaient ou le souhaitaient. Et puis nous avons eu cette mobilisation du CCAS auprès des personnes isolées.

Autre mesure nouvelle, assez peu courante au niveau national : nous avons installé dix-sept abreuvoirs dans les parcs de la ville de Saint-Étienne pour protéger la petite faune sauvage. Cette rentrée scolaire est également l’occasion d’annoncer que la rénovation du bâti scolaire, en particulier le confort thermique et la rénovation énergétique, sera l’une des principales priorités de notre mandat. Nous avons prévu un plan d’investissement de 70 millions d’euros pour l’ensemble du mandat. Nous avons commencé dès cet été à accélérer certains travaux, notamment de végétalisation, de sécurisation et d’isolation dans les écoles. Nous allons conduire ce travail tout au long du mandat.

Plus largement, sur l’écologie, j’ai confié à Julie Tokhi, la première adjointe, un travail de réflexion et de mise en place d’un plan d’action sur l’adaptation au changement climatique et la transition écologique. Nous avons inscrit cette thématique à l’ordre du jour du conseil municipal qui aura lieu au mois de novembre. Nous aurons donc un conseil municipal dédié à cette question. Cela nous permettra de balayer l’ensemble des sujets d’adaptation durable : végétalisation des places et des espaces publics, désimperméabilisation, plantation d’arbres, déminéralisation de la ville, création de mini-forêts, mais aussi, sur un certain nombre de points de la ville, la redécouverte des cours d’eau comme le Furan ou l’Onzon. Il y aura donc cette réflexion globale, qui sera ensuite déclinée par un plan de mandat ambitieux. On se prépare aux effets du changement climatique de demain.

Le commerce est un autre sujet directement lié à la vie quotidienne. Les commerçants ont eux aussi subi les conséquences de la canicule, dans un contexte déjà difficile. Quelles sont les priorités de la Ville pour revitaliser le centre-ville ?

C’est l’autre grande priorité, la revitalisation commerciale du centre de Saint-Étienne et l’animation. Dès les premiers jours du mandat, le 8 avril, nous avons créé une instance qui nous permet de dialoguer de façon très étroite et très régulière avec les commerçants, leurs associations, les consulaires, les artisans, les représentants des chambres de commerce et d’industrie. Nous allons d’ailleurs convoquer la troisième réunion, début septembre. L’objectif est d’abord de faire beaucoup mieux dialoguer les services animation et les services commerce de la Ville de Saint-Étienne, mais aussi de planifier tous les événements qui peuvent contribuer à notre objectif de faire revenir du monde en ville, puisqu’on a eu cette baisse de fréquentation très forte, notamment après le départ de Zara et de H&M, et le fait que Steel ait été construit en 2020 en périphérie de Saint-Étienne. Cette instance de concertation et de dialogue est aussi un lieu d’initiative. Depuis, nous avons accéléré notamment le calendrier des grandes animations, des animations que nous voulons populaires à Saint-Étienne. Fin juillet, par exemple, avec les Masters de pétanque, nous avons eu un bel événement en centre-ville qui a profité aux commerçants. Il y a aussi toutes les animations liées aux matchs à domicile des Verts, avec les opérations « Tous en vert » que nous allons reproduire.

Nous avons aussi de nouvelles idées avec par exemple la Course des garçons de café, le 19 septembre, en plein centre-ville, qui va aussi animer nos rues. Les braderies, la Fête de la musique, la Fête du livre… Nous mettons le paquet sur les questions d’animation. Nous relançons également le festival Positive Éducation, qui aura lieu début novembre. On a à la fois de l’animation de proximité, très concrète, et nos festivals culturels, avec des événements à rayonnement international. On essaye d’activer tous les leviers, tous les outils à notre disposition, de façon à ce que le centre-ville soit en permanence animé, mais aussi qu’on fasse venir beaucoup plus de monde. Nous voulons aussi aller chercher de grandes enseignes et travailler à leur venue dans le centre-ville de Saint-Étienne, parce que la revitalisation passe aussi par une offre commerciale renouvelée, attractive, complémentaire de l’offre des commerces indépendants.

Il y a aussi des mauvaises nouvelles. Nelson a fermé. Même si cette fermeture est évidemment éminemment symbolique, puisqu’elle est liée au patrimoine et à l’histoire de notre ville, il ne faut pas oublier qu’il y a aussi, depuis quatre ou cinq mois, une forme de dynamique où l’on a un peu plus d’ouvertures de commerces que de fermetures.

La gratuité des transports doit également jouer un rôle dans cette revitalisation.

Oui. C’est une décision historique. C’est la première fois que la gratuité sera mise en œuvre sur le réseau de la STAS, d’abord le samedi, mais de façon pleine sur les tramways, les bus et les trolleybus. Et à partir de là, l’ensemble du service sera gratuit pendant toute l’année 2026-2027. Nous pensons avoir là aussi un dispositif qui permettra une meilleure fréquentation du centre-ville le samedi et également, sans doute, un effet sur la revitalisation commerciale. On l’espère en tout cas. Nous allons également renforcer les moyens des lignes les plus fréquentées, les tramways et les lignes métropolitaines, de façon à pouvoir absorber cette hausse de fréquentation le samedi sur Saint-Étienne Métropole.

Nous avons voulu aussi qu’il y ait de la sécurité pour les gens. La brigade de sécurisation des transports en commun monte en puissance, avec les réservistes de la police nationale et de la gendarmerie, qui font du bon travail de prévention, mais aussi de dissuasion et d’interpellation. Nous allons passer d’un rythme de dix à quinze patrouilles jusqu’à maintenant à quinze à vingt patrouilles mensuelles, donc deux ou trois jours par semaine. C’est important et de nature à rassurer aujourd’hui beaucoup d’usagers des transports en commun.

Il y a enfin la question du stationnement, qui est évidemment importante pour les commerces du centre-ville. Nous nous étions interrogés pendant la campagne des élections municipales. Nous avions dit que nous regarderions le dispositif de gratuité totale du stationnement de surface dans l’hypercentre, qui était mis en place depuis un an. Nous avons eu l’occasion de mener une étude circonstanciée, avec les véhicules qui font de la lecture automatique des plaques d’immatriculation, les LAPI, entre mai et juin, sur 60 000 véhicules. C’est quand même représentatif.

Nous avons eu la conclusion que la grande majorité des voitures stationnées avec les mesures de gratuité de stationnement de surface le week-end et l’été restaient pour une longue durée, très nettement supérieure à trois heures, trois heures trente. Cela ne contribuait donc pas à une rotation des véhicules en centre-ville et n’était pas forcément un dispositif intéressant pour le commerce de proximité et pour avoir davantage de consommateurs en centre-ville. À l’inverse, en semaine, les chiffres sont différents. Nous avons 70 % des gens qui stationnent comme visiteurs et qui restent en moyenne deux heures trente, contre 30 % qui restent plus de six heures. Le samedi, avec la gratuité totale, l’utilisation de longue durée, entre deux heures trente et six heures, et tous ceux qui restent plus de six heures, représente quasiment 80 % des véhicules. L’idée est donc de revenir à un principe simple : trois heures de gratuité du stationnement de surface au lieu de la gratuité totale le samedi. Comme ça, nous mesurerons de nouveau les effets et nous regarderons si c’est une mesure susceptible de favoriser le commerce de proximité ou pas.

Parlons culture. Le contexte est particulièrement difficile pour les acteurs culturels, avec les baisses de financements et de subventions. Quelle sera la position de la Ville ?

D’abord, nous nous sommes mobilisés avec le directeur de la Comédie, Benoît Lambert, puisque nous avons signé une tribune en commun avec d’autres maires de grandes villes pour alerter sur la baisse des financements au niveau de l’État. Pour l’instant, nous avons une décision de revenir sur les coupes qui avaient été annoncées, mais nous restons très vigilants. Pour nous, la culture n’est pas une dépense secondaire et nous n’entendons pas sacrifier ce secteur. C’est un service public essentiel. D’autant plus que nous avons la chance, à Saint-Étienne, d’avoir vraiment un écosystème culturel exceptionnel et extrêmement varié. Nous avons pris publiquement position. Nous maintiendrons nos subventions au milieu culturel. La Ville ne va pas se substituer aux engagements des autres collectivités, nous les avons prévenues, notamment le Département, mais nous assumerons nos responsabilités. Avec Laetitia Valantin, l’adjointe à la Culture, nous allons entamer un dialogue avec l’ensemble des acteurs culturels stéphanois. Nous nous y étions engagés pendant la campagne, pour regarder quelles peuvent être les nouvelles coopérations et collaborations entre la Ville de Saint-Étienne et les acteurs culturels, en prenant en compte leur diversité.

L’objectif est de préserver cet écosystème et d’éviter qu’il ne s’effondre en même temps que le désengagement financier d’un certain nombre d’acteurs ou de collectivités le menace. Cela va être l’enjeu de ces prochaines semaines et de ces prochains mois. En tout cas, nous restons une grande ville culturelle reconnue comme telle, avec ses rendez-vous incontournables comme la Fête du Livre qui va arriver très vite, les grands festivals : Positive Éducation, les Sept Collines, Paroles et Musique, le nouveau festival PHNMN, que la Ville de Saint-Étienne soutient et accompagne.

Et puis tout ce qui peut être fait autour de nos musées. J’ai eu l’occasion de les visiter à nouveau la semaine dernière : le Musée d’art et d’industrie, le Musée de la Mine avec la nouvelle exposition dédiée aux vélos, « Vélo, moteur d’innovation », mais aussi le Musée d’art moderne avec l’exposition sur Frank Stella et « Flying Colors », qui a donné lieu à des papiers très positifs du Monde et de Libération. Nous avons tous ces écosystèmes-là, l’Opéra bien évidemment, qui est un atout pour Saint-Étienne. Tout cela est maintenu et préservé. En tout cas, sur le plan financier et budgétaire, il est hors de question que la Ville de Saint-Étienne diminue ses financements.

Saint-Étienne est également une ville de design, avec la Cité du design, la Galerie nationale du design et le label UNESCO. Quelles orientations pour ce secteur ?

Nous avons eu l’occasion, avec le nouveau président de la Cité du design, Yannis Bekhti, d’annoncer un certain nombre de premières orientations. La Biennale du design en fait partie, la prochaine édition se tiendra en 2028. Il y a aussi le recentrage sur le design sur le territoire de la métropole, ses communes, ses écoles, sur l’École supérieure d’art et design, qui est un vivier de formation de designers et de talents. Il s’agit également de faire sortir la Cité du design de la Cité de ses murs, de regarder comment on peut mieux utiliser maintenant la Galerie nationale du design, la Halle événementielle que nous allons inaugurer à l’occasion du festival Positive Éducation, pour qu’il s’y passe des choses, que ce soit un lieu d’activités, et qu’on ait plus de design dans les lieux publics, dans l’espace public des communes de la métropole. Tout cela, nous l’avons dit dans nos premiers discours d’installation.

Nous avons aussi évoqué une orientation fondamentale qui est le lien entre le design et le tissu industriel local et national. Il y a de grandes entreprises qui ont vocation à être dans cette dynamique de création design que nous portons très bien au niveau de Saint-Étienne. Je pense qu’on est bien identifié. Nous avons encore du travail pour faire rayonner ce design auprès de la population, dans les écoles, les centres sociaux. Yannis Bekhti y consacre beaucoup de temps, donc nous aurons des résultats, je pense, très vite.

Culture, design, animations… Quels sont nos autres atouts pour renforcer l’attractivité du territoire ?

L’offre de soins avec le CHU, pôle d’excellence aujourd’hui dans de nombreux domaines, y contribue. C’est une qualité de soins très importante pour la population du bassin stéphanois et pour Loire Sud. Il y a aussi l’Université Jean Monnet, certes de taille modeste en nombre d’étudiants, mais avec une qualité de formation et des spécialités très importantes, notamment la photonique. Je pourrais évoquer aussi la question du sport-santé, où nous sommes très clairement identifiés au niveau national, avec une capacité à attirer aujourd’hui des étudiants, y compris, je pense, venant de Lyon.

Nous avons nos équipements culturels, mais aussi nos PME, nos TPE et nos industriels, souvent leaders dans leur secteur d’activité, exportateurs, innovants, aujourd’hui positionnés sur des industries d’avenir. Je pourrais évoquer la photonique, l’ingénierie de surface avec EDF, également tout l’écosystème que nous avons créé autour de la Manufacture. Nous avons aussi des PME très bien positionnées sur la petite série et les pièces fabriquées en très petites séries ou à l’unité pour l’industrie, les industries souveraines dans la défense, l’aéronautique ou le nucléaire.

Nous avons du foncier disponible et donc la capacité aujourd’hui à attirer ces grandes entreprises, leurs cadres. Il faut leur offrir aussi à Saint-Étienne une qualité de vie et des services publics qui leur permettent de venir sans réserve sur notre territoire. C’est surtout cela, la question de l’attractivité aujourd’hui : faire venir ces industries, ces entreprises, avoir des logements supplémentaires. Nous allons donc repartir sur une logique de construction de logements très divers, du logement social à des logements beaucoup plus haut de gamme, pour avoir toute la gamme et pouvoir l’offrir à des gens qui veulent s’installer aujourd’hui à Saint-Étienne parce qu’ils y trouvent une qualité de vie.

Parlons un peu de sport. Quels sont les principaux projets annoncés ?

Nous réfléchissons, dans le schéma directeur des futurs équipements sportifs, à ce que pourraient être des bassins nordiques à Saint-Étienne. Les piscines, pour compléter l’offre actuelle et avoir la possibilité de nager tout au long de l’année dehors, cela peut être intéressant. Cela peut très bien compléter l’offre actuelle à Raymond Sommet, mais aussi une offre au sud de Saint-Étienne, comme nous nous y sommes engagés. Nous regardons surtout aujourd’hui la rénovation des équipements les plus anciens. Nous en avons énormément sur le plan sportif : les terrains synthétiques progressivement renouvelés, les gymnases, mais aussi un certain nombre d’équipements liés au sport-santé.

Nous sommes également dans une logique très claire de candidature pour accueillir de grands événements sportifs nationaux ou internationaux. Nous avons eu la chance d’avoir les championnats de France de natation. La fédération voudrait d’ailleurs revenir dans quelques années. Nous aurons l’an prochain l’organisation des championnats de France d’athlétisme. Nous sommes candidats pour le Tour de France, plutôt pour 2029, avec sans doute des étapes du Paris-Nice. Donc le retour du cyclisme international aussi dès l’an prochain.

Mais les grands événements sportifs internationaux ne suffisent pas à eux-mêmes. Ce qui est important, c’est ce que nous voulons faire dans la ville. Très clairement, l’idée est de proposer une activité physique adaptée à tous les publics, des plus jeunes aux moins jeunes, qui permette notamment une activité physique à visée de santé. Dans l’espace public, avec du design actif, mais aussi avec des équipements un peu plus en libre accès qui permettent de compléter l’offre des clubs, qui font un excellent travail à Saint-Étienne et qui sont très bien repérés, notamment par les parents qui inscrivent leurs enfants à l’école multisports municipale.

Quelques mots sur le tourisme et le patrimoine. Saint-Étienne Hors Cadre fait un gros travail, et de nombreuses rénovations, notamment de places ou de quartiers sont en cours. Notre ville ne manque pas d’atouts. Va-t-on aller plus loin ?

Vous avez raison, notre ville ne manque pas d’atouts, je dirais même qu’elle est un atout. Nous avons un patrimoine important et singulier, dont nous devons prendre soin et que nous continuerons à mettre en valeur. Un patrimoine qui ne se limite pas au Moyen Âge ou à la Renaissance, mais qui repose surtout sur les XIXe et XXe siècles. Ce patrimoine témoigne des évolutions techniques et industrielles européennes et mondiales qui ont façonné le monde dans lequel nous vivons. Il met en lumière l’inventivité de notre territoire et montre que notre ville a participé, et participe encore, aux grandes innovations. Nous avons des équipements importants qui racontent cette histoire : le Musée d’Art et d’Industrie et ses savoir-faire autour des armes, du cycle ou du tissage, le musée de la Mine et son témoignage sur la vie des mineurs et le rôle du charbon dans le progrès industriel, ou encore le Musée d’Art Moderne et Contemporain, qui possède l’une des plus grandes collections de France. Sans oublier la dynamique du design avec la Cité du design, la Biennale et désormais la Galerie Nationale du Design.

Je pourrais prolonger cet inventaire avec l’œuvre de Le Corbusier, les sites de Rochetaillée et de Saint-Victor, ou encore notre mythique Geoffroy-Guichard. Mais la force touristique de Saint-Étienne réside surtout dans la combinaison de tous ces éléments et de tous ces acteurs : le patrimoine, bien sûr, mais aussi les restaurateurs, les hébergements et les commerces, qu’il nous faut accompagner et soutenir dans leur dynamique. Il nous faut nous s’appuyer sur nos grandes infrastructures capables d’accueillir un « tourisme d’événement » dans le domaine du sport, des affaires ou de la culture. Mais il est indispensable de rappeler que la première chance et force de « Sainté », ce sont les Stéphanoises et les Stéphanois, qui transforment une visite touristique en une expérience humaine rare et chaleureuse, laissant un souvenir inégalable.

Dernier sujet, qui semble particulièrement important dans votre démarche : la participation des habitants. Comment souhaite-t-on impliquer davantage les Stéphanois.es dans la vie de leur ville ?

La Journée du renouveau démocratique, c’est le point de départ. Elle nous a permis d’avoir de nombreux retours de ceux qui ont participé, pour connaître leur façon de voir les choses et la manière dont ils souhaiteraient être consultés et concertés. La deuxième étape, c’est la redéfinition des conseils de quartier. Il y en aura vingt, avec des périmètres beaucoup plus restreints, de façon à garder une proximité avec les habitants.

L’idée est d’avoir vingt réunions publiques simultanées de ces conseils de quartier le 3 octobre prochain. Et à partir de là, nous aurons à la fois des réunions thématiques, projet par projet, quartier par quartier, quand il y en a besoin. Nous en avons fait une à Terrenoire. Il y en aura bientôt une sur le bourg médiéval, et bien sûr dans d’autres secteurs de la ville de Saint-Étienne. Ponctuellement, nous organiserons ces réunions. Cela peut être des réunions de concertation pour d’autres grands projets plus importants, comme les Ursules ou la Charité. Et puis il y a l’organisation des conseils de quartier, de façon à ce qu’ils soient ouverts au plus grand nombre et qu’on puisse y traiter vraiment des sujets de la vie quotidienne. C’est vraiment une façon d’associer aujourd’hui les habitants, peut-être aussi avec un budget participatif, à des réalisations concrètes qu’ils vont pouvoir nous proposer. Ils seront donc acteurs de leur propre changement au niveau urbain.

Pour conclure, quels sont vos espoirs pour notre ville et notre territoire au cours de ce mandat ?

Mon premier objectif est de redonner à Saint-Étienne sa fierté. Cette ville a fait preuve, encore récemment, d’une résilience rare. Cette résilience, nous la devons aux femmes et aux hommes de ce territoire, à qui je veux aujourd’hui rendre hommage. Mon mandat n’aura pas d’autre objectif que d’être à leur service. Les défis qui nous attendent sont immenses. Le monde qui se présente à nous va transformer profondément nos modes de vie. Si nous ne prenons pas collectivement conscience de ces changements, nous risquons de les subir. C’est de notre responsabilité d’accompagner dans les années à venir, tous les citoyens dans ces mutations, sans laisser personne au bord du chemin. Je veux croire que Saint-Étienne saura se transformer tout en conservant son ADN : une ville d’innovation et de solidarité. Les villes de demain devront être des espaces où il fait mieux vivre, avec des espaces publics favorisant le partage et l’harmonie entre leurs différents usages.

Face aux enjeux climatiques, nous devons aussi agir pour protéger les plus fragiles : développer des espaces végétalisés et de fraîcheur, des espaces publics donnant la possibilité d’activité physique favorisant la santé comme je l’évoquai précédemment. Nous devons également rendre les mobilités moins carbonées et renforcer les maillages urbains et territoriaux de nos transports en commun. Sans jamais perdre de vue le développement du tissu économique, qui tout comme les villes, s’adapte au changement à venir. Nous devons également transformer les services à la population aux nouveaux modes de vie et au numérique, sans laisser les générations les plus anciennes de côté. Le développement des services publics numériques ne doit jamais faire disparaître le contact humain. Pour beaucoup, le service public est le premier signe de la prise en compte de leur situation. Il doit rester humain, bienveillant et exigeant.

Enfin, notre ville doit être un partenaire responsable et éthique, capable de faire émerger les intelligences de son territoire. La recherche et l’innovation doivent aussi participer à l’évolution de Saint-Étienne. Mon espoir est de permettre à toutes et tous d’entrer sereinement dans le Saint-Étienne de demain, avec un esprit de justice sociale quelle que soit son origine, son âge ou son milieu, tout en valorisant l’ensemble des forces humaines et innovantes de notre ville. Car je suis convaincu que l’espoir doit toujours se conjuguer avec le volontarisme.