Derrière chaque média, il y a une histoire unique. Radio Ondaine, qui fête cette rentrée ses 45 ans d’existence, en est la preuve éclatante. Aux manettes de cette institution, Patricia Portafaix, journaliste et rédactrice en chef, nous raconte ce qui fait la singularité de cette radio ancrée sur le territoire, et nous rappelle les principales étapes de sa création. Une immersion dans l’histoire d’une radio libre et indépendante, animée par des valeurs remarquables.
Radio Ondaine fête ses 45 ans. Une longévité qui impressionne. Peux-tu nous donner quelques temps forts de cette longue histoire ?
Radio Ondaine est née en 1981, dans le mouvement des radios libres, avec cette volonté de donner la parole autrement et de créer un média ancré dans son territoire. Elle a été créée par des passionnés, parmi lesquels Jean-Paul Chartron, et s’est installée dès ses débuts dans l’unité d’habitation Le Corbusier à Firminy. À l’époque, créer une radio était véritablement un acte militant : il s’agissait de prendre la parole et surtout de la donner à ceux qui n’avaient pas forcément accès aux médias traditionnels.
Je n’étais pas là en 1981, mais lorsque je suis arrivée en 1998 comme simple animatrice des émissions matinales, la radio comptait six salariés et une cinquantaine de bénévoles. Et techniquement, nous étions encore dans une autre époque ! Nous travaillions avec des vinyles et des cassettes. Le soir, il fallait préparer manuellement les bandes-son qui allaient être diffusées pendant la nuit. Il fallait donc être particulièrement rigoureux : impossible d’arriver en retard le matin sinon il y avait un blanc à l’antenne ! En 2000, nous avons abandonné vinyles et cassettes au profit des CD. Puis sont arrivés l’informatique, le numérique, internet, le streaming, les podcasts, les réseaux sociaux et aujourd’hui le DAB+. Chaque évolution a changé notre façon de travailler et d’écouter la radio. Mais le plus important est peut-être là : avoir su évoluer avec son époque sans perdre notre ADN. Après 45 ans, nous sommes toujours dans le même bâtiment du Corbusier, avec toujours cette envie de faire vivre une radio différente.
L’ADN de Radio Ondaine est ancré sur le territoire. Comment définirais-tu sa ligne éditoriale ?
Pour moi, Radio Ondaine n’est pas une simple radio musicale : c’est aussi un véritable outil citoyen. Notre ligne éditoriale pourrait se résumer en une phrase : « Donner la parole à tous, et surtout à ceux qui ne l’ont pas ou qui ne la prennent pas. » C’est le cœur de notre projet « La Main ouverte », en référence à l’œuvre de Le Corbusier.
Notre porte est ouverte aux associations, aux habitants, aux artistes, aux acteurs économiques, aux collectivités, aux élus… Nous leur donnons le temps de s’exprimer, sans chercher à tout chronométrer ou à couper systématiquement la parole. Bien sûr, cette liberté s’exerce dans le respect de chacun et dans le cadre de la loi. La radio joue également un rôle important dans l’éducation aux médias. Nous intervenons dans les écoles, collèges et lycées pour expliquer aux jeunes comment se fabrique une information, comment elle est reçue et surtout comment vérifier ce que l’on voit circuler, notamment sur les réseaux sociaux. Et puis nous sommes aussi une radio musicale, avec une vraie place pour les artistes émergents, notamment locaux.
Je résume souvent notre identité en quelques mots : Radio Ondaine est une radio musicale et citoyenne. Notre rôle, c’est donner la parole, informer pour mieux comprendre, créer du lien et mettre en valeur notre territoire.
Comment fonctionne la radio ?
Radio Ondaine fonctionne aujourd’hui avec deux salariés et 38 bénévoles. Nicolas Urbaniak est animateur et technicien. Il est très présent sur le terrain, notamment lors de nos émissions extérieures et des ateliers radio que nous menons dans les écoles. De mon côté, je dirige la radio depuis 25 ans, avec toute la partie journalistique et éditoriale, mais aussi la gestion quotidienne de la structure.
Les 38 bénévoles sont une véritable richesse. Ils animent des émissions autour d’univers musicaux très différents : funk, techno, rock, soul, chanson française, country… Ils proposent également des émissions consacrées à différentes cultures, notamment portugaises, polonaises ou berbères. Chacun apporte sa passion, son univers et son envie de partager. C’est cette complémentarité entre salariés et bénévoles qui fait vivre notre modèle associatif.
Quelle est la zone de couverture de la radio, qui, on le rappelle, est basée dans le fabuleux ensemble d’habitations Le Corbusier à Firminy ?
C’est une question intéressante car aujourd’hui, le nom « Radio Ondaine » ne correspond plus à notre seule zone d’écoute. Nous sommes bien sûr profondément ancrés dans l’Ondaine, avec notre 90.9 FM, mais le streaming, les podcasts et aujourd’hui le DAB+ ont complètement changé notre territoire d’écoute. Un auditeur qui a quitté l’Ondaine peut continuer à nous écouter, et quelqu’un qui ne connaît pas notre territoire peut nous découvrir grâce au numérique. C’est une évolution importante pour une radio associative. Toutes n’ont pas la possibilité d’être présentes en DAB+, et pour nous c’est une façon de continuer à évoluer.
Ce qui est assez extraordinaire, c’est que 45 ans après sa création, Radio Ondaine est toujours dans le même bâtiment du Corbusier, alors que nos outils et nos modes de diffusion ont complètement changé. Nous avons donc un pied solidement ancré dans notre territoire, mais aujourd’hui les fenêtres sont grandes ouvertes sur le monde. Radio Ondaine reste une radio locale par son ADN, par les sujets qu’elle traite et par les personnes auxquelles elle donne la parole, mais aujourd’hui son audience et son territoire d’écoute sont beaucoup plus larges que l’Ondaine.
Parlons de la grille des programmes. Du local essentiellement mais aussi beaucoup d’émissions éducatives, culturelles, économiques, engagées, communautaires, écologiques ?
Notre grille est à l’image de Radio Ondaine : essentiellement locale, mais avec une vraie diversité de contenus. Nous essayons de faire une radio qui accompagne les auditeurs dans leur quotidien, tout en leur faisant découvrir des univers, des initiatives et des personnes qu’ils n’auraient peut-être pas rencontrées ailleurs.
Le matin, nous sommes principalement autour de la chanson française, avec différents rendez-vous : cinéma en partenariat avec le Majestic, petites annonces, communiqués, santé, nature et environnement… L’après-midi, notre logiciel assure une programmation musicale française et internationale, mais nous diffusons également les interviews réalisées par notre équipe, les émissions d’éducation aux médias, les conférences, débats et plateaux que nous avons enregistrés ou animés. À partir de 18h15, ce sont les bénévoles qui prennent l’antenne avec leurs émissions et leurs univers musicaux.
Au total, sur 24 heures, nous produisons 23 h 20 de programmes. Les 40 minutes restantes correspondent aux flashs d’information de RFI, diffusés à 8h, 12h et 18h. Notre grille est donc musicale, mais aussi culturelle, éducative, environnementale, citoyenne et ouverte sur différentes communautés.
Notre statut associatif implique également de ne pas dépasser 20 % de publicité, notamment pour pouvoir bénéficier du FSER. Cela nous oblige à avoir un modèle économique différent d’une radio commerciale, mais cela participe aussi à notre liberté éditoriale.
Beaucoup de partenariats également ponctuent la saison ?
Les partenariats sont essentiels pour nous parce qu’ils nous permettent de construire des projets et d’être au plus près des acteurs du territoire. Nous travaillons notamment avec les villes de Firminy, Unieux, La Ricamarie et Fraisses, autour de la culture et de la vie locale. Nous avons également des projets avec Saint-Étienne Métropole autour de l’emploi, de la lutte contre les discriminations ou du vivre-ensemble. L’État, la Préfecture nous soutient également sur différents projets dans le cadre de la Politique de la ville, de la DILCRAH ou du FIPDR.
Mais nous avons aussi des partenariats avec des acteurs culturels et des producteurs de spectacles comme CKELPROD, Les Derniers Couchés ou Eldorado. Cela nous permet notamment d’offrir des places de concerts ou de spectacles à nos auditeurs grâce à des jeux à l’antenne. Le partenariat, pour nous, ce n’est pas seulement annoncer un événement. C’est construire quelque chose ensemble, ouvrir nos micros, aller sur le terrain et donner de la visibilité à des initiatives. Après 45 ans, ces partenariats montrent que Radio Ondaine est devenue un acteur à part entière de son territoire. Nous ne sommes pas seulement là pour raconter ce qui se passe : lorsque cela a du sens, nous participons aussi à faire vivre les projets
La radio ce sont aussi des podcasts, des émissions sur le terrain, des plateaux…
Aujourd’hui, une radio ne se résume plus à une fréquence FM. Le podcast nous permet notamment de toucher des personnes qui n’écoutent pas forcément la radio en direct. Nos interviews, reportages, conférences ou émissions peuvent continuer à vivre bien après leur diffusion. Mais nous tenons énormément au terrain. Nous installons nos studios dans les écoles, les collèges et les lycées, notamment pour nos actions d’éducation aux médias. Le fait de mettre un vrai studio devant les jeunes, de leur permettre de prendre un micro et de participer à une émission, rend la radio très concrète.
Nous sortons également pour les événements. En juin, par exemple, nous étions à La Rue des Artistes à Saint-Chamond pour réaliser des émissions en direct. Nous sommes également partenaires de Tatou Juste, où nous installons notre dispositif pendant les deux jours du salon en novembre. Ces émissions en extérieur sont importantes parce qu’elles nous permettent de montrer la radio autrement. Nous ne sommes plus simplement derrière notre micro : nous sommes au milieu des gens, au cœur de l’événement, et nous créons des rencontres.
Finalement, après 45 ans, nous avons donc toujours notre studio au Corbusier, mais nous avons aussi des micros partout : dans les écoles, les quartiers, les festivals, les manifestations et désormais sur internet. C’est une manière pour nous de rester une radio de proximité tout en étant une radio qui a largement dépassé les frontières de la FM.
Un mot pour conclure ?
45 ans, ce n’est pas rien. Lorsque je regarde le chemin parcouru par Radio Ondaine, je suis surtout fière que nous ayons su évoluer sans perdre notre ADN. Quand je suis arrivée en 1998 comme simple animatrice des matinales, je ne pensais certainement pas être encore là 28 ans plus tard ! J’ai connu les vinyles, les cassettes, les CD, puis le numérique, les podcasts, le streaming et aujourd’hui le DAB+. Les outils ont changé, mais notre mission reste la même.
Je veux aussi profiter de ces 45 ans pour rappeler que les radios associatives restent fragiles. Derrière une radio, il y a des salariés, des bénévoles, de la culture, de l’éducation aux médias, de la citoyenneté et des personnes qui ont besoin d’un espace pour être entendues. Si les financements publics se fragilisent, ce sont toutes ces missions qui sont menacées.
Une radio associative n’est pas une radio au rabais. Elle participe au pluralisme, au lien social et à la vie culturelle des territoires. Nous avons la chance d’être toujours dans le même bâtiment du Corbusier après 45 ans, tout en ayant su nous moderniser et ouvrir largement nos fenêtres sur le monde.
J’espère donc que dans 10, 20 ou même 45 ans, d’autres pourront encore dire : « Radio Ondaine est toujours là. » Parce qu’au fond, Radio Ondaine, ce n’est pas seulement une fréquence ou un média. C’est une aventure humaine, citoyenne et collective. Et une voix qui disparaît, c’est toujours une voix en moins dans notre société.
RADIO ONDAINE
1 rue le Corbusier
42700 FIRMINY
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