Une exposition conséquente de Reine Mazoyer est actuellement proposée au Musée d’Allard, à Montbrison. Après des études aux Beaux-Arts de Saint-Étienne, elle fait une magnifique carrière dans la décoration et l’art. Son travail très visuel est à la fois esthétique, coloré et chargé de sens. Elle reconnaît même son engagement de plus en plus marqué face au monde d’aujourd’hui. Nous avons saisi l’occasion d’une rencontre pour donner envie d’aller découvrir ses œuvres ainsi que le musée qui recèle également de nombreux trésors !

Vous avez fait les Beaux-Arts à Saint-Étienne. Que vous reste-t-il de cette époque ?

J’ai eu la chance de faire mes études artistiques à l’École des Beaux-arts de Saint-Étienne. J’en garde un excellent souvenir. L’enseignement y était très complet. Nous avions des cours de dessin, peinture, étude documentaire, décoration, sculpture, histoire de l’art, gravure et architecture, ceci nous permettait de choisir pour nous spécialiser dans notre technique favorite avant de passer le diplôme de fin d’études. J’avais pour ma part choisi la décoration, ce qui m’a été fort utile par la suite pour devenir en plus de mon travail de peintre, décoratrice de films. L’atmosphère de l’école était studieuse et chaleureuse. J’ai noué là de solides amitiés que je conserve toujours même si nos vies nous ont séparés. J’ai découvert beaucoup de choses à Saint-Étienne : non seulement la peinture mais aussi le théâtre, le cinéma, l’opéra. La comédie Dasté était tout près de l’École des beaux-arts, le ciné-club présentait des rétrospectives de réalisateurs de toutes nationalités. Vivant indépendante de mes parents qui habitait Montbrison, j’avais la chance d’être libre de mes mouvements et de ne rendre de comptes à personne, ce que mes compagnons étudiants m’enviaient beaucoup, eux qui devaient retrouver chaque jour leur famille.

Comment définiriez-vous votre travail aujourd’hui ?

Mon travail a beaucoup évolué : j’utilise plusieurs médias : peinture, sculpture, installations, dessins. Je ne souhaite pas être figée dans un seul style, ce qui compte c’est que le message passe, sans qu’il soit besoin de recourir à des discours compliqués. J’aime la couleur, les lignes claires, les symboles, je suis une artiste figurative non réaliste, inspirée par l’histoire des hommes à travers les différentes périodes de l’art.

Au-delà de l’esthétique, vos œuvres semblent également le reflet de vos engagements, de vos questions sur le monde ?

Je me sens de plus en plus engagée et concernée par le monde et son évolution. La société elle-même est une source d’inspiration, c’est un peu en ethnographe que je travaille et même quand je fais une relecture des contes de fées, c’est en les resituant dans notre époque, avec un regard critique ou humoristique, car l’humour est pour moi essentiel : il permet de garder une bonne distance et de conserver l’essentiel.

C’est votre deuxième fois au Musée d’Allard. Que vous inspire ce lieu et Montbrison ?

Ma première exposition au Musée en 2009, « Esprit d’enfance » était une installation créée spécialement pour le Musée, sur les souvenirs d’enfance d’une petite fille de 10 ans. Je suis née à Montbrison et un peu comme « Rosebud » le petit traîneau de Orson Wells dans son film « Citizen Kane », je me souviens de cette enfance qui portait en germe beaucoup de ce qui a construit ma vie plus tard. Je reviens dans cette ville pour me ressourcer, même si je n’y ai maintenant plus de famille. La montagne proche, le jardin d’Allard, les boulevards, certaines rues, tout me parle et fait renaître en moi la petite fille que je n’ai jamais cessé d’être.

Vous présentez les 12 dernières années de vos travaux. Qu’allons-nous découvrir ?

Après l’exposition précédente, inspirée par l’enfance et les souvenirs, vous allez entrer dans le monde actuel de Reine Mazoyer :

Les « Totems » de personnages de notre temps, ou de personnages mythiques, polyptyques de toiles assemblées, vous regardent, comme vous les regardez.

Les Gouaches illustrant des poèmes/fables parlent de nos émotions et de nos rêves.

Les « Contes de fées » revisités, en sculpture/théâtre donnent à voir une autre lecture, plus actuelle, de ces contes universels.

Les Grandes Toiles inspirées par les peintres de la renaissance du Nord (Jérôme Bosch) parlent de notre temps et de sa folie.

Les Apocalypses, grandes œuvres sur toile libre, mettent en scène les 4 éléments, liés aux peintures de Michel Ange à la chapelle Sixtine sur le jugement dernier et à la mythologie avec Orion Aveugle peint par Nicolas Poussin.

Vous pourrez aussi découvrir quelques éléments retraçant mon travail de décoratrice de films, métier que j’ai exercé parallèlement à mon métier de peintre durant de nombreuses années.

Un mot pour conclure ?

Cette exposition est pour moi une étape importante, elle me permettra de continuer, en regard avec les œuvres présentées, en approfondissant mes recherches, puisque dans chaque période, il y a, en gestation, la période de création suivante. Vous pourrez aussi découvrir un diaporama de ma carrière avant l’exposition, que je commenterai avec le public, le 1er décembre, sur place, au Musée d’Allard.