Nous avons rencontré Maxime LAVIEVILLE, coordinateur pédagogique au fil, qui évoque avec nous la création du projet Looping, qui s’avère être ni plus ni moins que la création d’une nouvelle école destinée aux enfants /adolescents autour des musiques d’aujourd’hui via les outils numériques. Une belle aventure qui commencera en septembre 2020.
Comment est né ce projet Looping ?
En dix ans, que ce soient sur nos deux scènes ou dans nos studios de travail, on a assisté à une explosion de l’informatique musicale et de l’utilisation des nouvelles technologies dans la création. Les musiciens travaillent avec des logiciels, des synthétiseurs, des machines. Les palettes sonores possibles sont infinies, et ce, dans tous les styles. Il est aujourd’hui possible de créer partout avec juste un ordinateur portable, un casque, un micro…Le phénomène « Bedroom Producer » Pourtant, ces pratiques ne se sont pas encore enseignées, transmises, on est encore dans le do it yourself, les tutos youtube, l’autodidaxie. Nous sommes également de plus en plus sollicités lors d’ateliers, lors de formations courtes que l’on propose, par des élèves de tous âges, qui aimeraient continuer, suivre une formation au long cours. C’est pour toutes ces raisons que l’on a imaginé Looping.
Quelle est la philosophie du projet ?
Ne pas être sur des principes pédagogique maître/élève, avec l’idée que pour apprendre, il faut recopier, imiter. On peut apprendre la musique en créant directement. De plus, dans le rap ou l’électro par exemple, la culture de la reprise n’existe pas. Pour apprendre à inventer, nous allons travailler sur des principes de pédagogies dites de projet : l’élève est placé au cœur des apprentissages. C’est lui qui créé son parcours, sa propre direction en étant accompagné. Looping, ce ne sera pas une école de rap ou d’électro, mais une école de création. Il y a de plus en plus d’artistes qu’il devient difficile de mettre dans une catégorie précise. Je pense à James Blake, Stromae, Romeo Elvis et à tant d’autres.
Peut-on parler de ce que nous pourrons trouver dans cette formation ?
Apprendre à utiliser des logiciels de création, inventer des sons, des rythmes, enregistrer, produire, travailler sa curiosité, se nourrir. Une dizaine d’artistes interviendront toute l’année. Les cours ne seront pas individuels mais collectifs, dix élèves qui avanceront ensemble.
La tranche d’âge est limitée. Cela va-t-il évoluer ?
Nous sommes partis sur une première classe de 10 élèves de 11 à 15 ans. Ce sera une année expérimentale où l’on va tester et corriger si nécessaire. On ne peut pas lancer une école avec 50 élèves du jour au lendemain, surtout sur de nouvelles pratiques. L’idée est de lancer une deuxième « classe » composée de lycéens en 2021, puis une troisième en 2022, avec des enfants de primaires. Puis les adultes. Si tout se passe bien, pourquoi ne pas exporter le projet dans d’autres villes, collaborer avec d’autres salles de musiques actuelles. Créer un réseau, une sorte de label Looping, parti de Saint-Étienne. En 2021, en lien avec Looping, nous allons également mener des actions en collaboration avec la structure culturelle le Château Du Rozier à Feurs, qui développe de plus en plus de projets dans le champ de l’éducation artistique.
Combien de temps dure-t-elle et faut-il des pré-requis pour s’inscrire ?
La formation dure 3 ans. Il n’y a aucun pré-requis pour s’inscrire si ce n’est d’avoir un intérêt certain pour les musiques de maintenant.
Évidemment nous sommes au Fil. Les élèves pourront certainement profiter de rencontres inédites, voir être impliqués dans des projets ?
Oui, bien sûr, il y aura des rencontres avec des artistes en résidence, la possibilité de travailler et se produire également sur les scènes, des invitations pour assister à des concerts en famille. Pourquoi pas une première partie ?
Un mot sur les dates d’inscription et de début des cours ?
Les pré-inscriptions vont débuter le 1er Juillet et se clôturer le 31 Août. Selon le nombre de demandes que l’on recevra, on essaiera ensuite de constituer un groupe le plus mixte possible, il y a encore trop peu d’artistes féminines dans les musiques actuelles. On va également essayer de mélanger les publics en fonction de leur milieu social. On sait très bien que les adolescents qui prennent des cours de musique sont en majorité issus des classes moyennes et supérieures alors que dans les quartiers plus populaires, il y a des envies, des besoins, des talents. Le coût de l’inscription a, bien sûr, été calculé au plus juste pour que tout le monde puisse avoir accès à l’école, avec la possibilité de garder du matériel pendant le cursus. Les cours vont débuter mi-septembre, deux heures tous les mercredis de 15h30-17h30 et quelques samedis dans l’année.
Le mot de la fin ?
Ces dernières années, plusieurs projets stéphanois (Terrenoire, DRK, Felower) ont rencontré un large public au niveau national, ce que l’on a appelé, ici, l’Épopée Verte. Tous sont passés par le fil pour travailler leur projet, dans les studios, sur les scènes. C’est en partie, au sein de cette nouvelle génération d’artistes, tous « bedroom producer » que nous sommes allés chercher des intervenants. Et qui sait peut-être qu’un jour, nous aurons la visite de Damon Albarn ou de Laurent Garnier…




