Pour accéder à une certaine reconnaissance, c’est valable pour tous les arts, mais peut-être encore un peu plus en bande dessinée, il faut de nombreuses années de travail, de sacrifice, de doute, de renoncement puis de recommencement, essuyer des refus, encore, mais proposer, encore, rester soi-même toujours. Tenace, Vincent l’est assurément, travailleur, nul n’en doute, talentueux, ça, nous le savions. Après de nombreux albums dans des styles assez différents, il vient de publier chez Dupuis un nouvel opus de Michel Vaillant, le plus fameux coureur automobile du 9ème art. Sacré challenge, aussi nous avons souhaité en savoir plus, d’autant que Vincent était, il n’y a pas si longtemps encore, résident stéphanois. Mais il nous a glissé à l’oreille qu’il l’est toujours de cœur ! Rencontre

Quelques mots sur ton parcours, qui, dans son ensemble, est assez éclectique !

Mon parcours est le reflet de mes goûts (qui sont en effet très éclectiques) et aussi des opportunités que j’ai eu la chance d’avoir sur ma route ! J’aime l’idée de ne pas m’enfermer dans un style ou dans un genre unique, en espérant progresser un peu à chaque nouvelle direction. Après, je suis loin de maîtriser tout ça, c’est aussi le fruit du hasard. Je fais surtout ce que je peux, en essayant de donner le maximum à chaque fois pour porter au mieux le récit que je mets en image, et de ne pas trop regarder en arrière. Après coup, on ne voit que les défauts, et c’est très déprimant !

Comment se retrouve-t-on un beau jour devant une commande pour réaliser Michel Vaillant chez Dupuis ?

Je travaillais sur la suite d’une BD de SF animalière (aucun rapport, donc !) auto-éditée et financée par crowdfunding sur feu le site sandawe.com, quand mon vieux complice François Maingoval (nous avons publié notre première série ensemble il y a bientôt 20 ans !) m’a rappelé pour me proposer trois albums chez Dupuis, autour du foot et plus précisément de l’Olympique Lyonnais. J’ai donc remisé mes animaux jusqu’à nouvel ordre, pour me lancer à fond dans ce nouveau projet ! Denis Lapière, qui supervise la collection, a apprécié mes story-boards et m’a proposé de venir en renfort sur Michel Vaillant, car le planning prévu était humainement intenable pour Benjamin Benéteau, qui était seul au dessin depuis l’album précédent. La collaboration avec Benjamin se passant mieux que bien, j’ai progressivement pris en charge les décors en plus des story-boards, pour mon plus grand plaisir !

Qu’est-ce qui t’a séduit dans ce projet ?

Hé bien, même si je n’étais pas lecteur de Michel Vaillant auparavant, il fait partie du patrimoine fondateur de la bd franco-belge, et apporter ma petite contribution à ce patrimoine, c’est complètement dingue pour moi ! De plus, travailler en étroite collaboration (nous échangions quotidiennement) avec Denis Lapière et Benjamin Benéteau, était à la fois très agréable et riche d’enseignements. Leurs remarques m’ont fait énormément progresser, du moins je l’espère.

Comment aborde-t-on ce type de commande ?

Tout s’est fait à la fois progressivement et dans l’urgence. J’ai commencé comme story-boarder, puis j’ai participé au dessin sur une page publicitaire (qui m’a servi en quelque sorte de bout d’essai), puis j’ai travaillé sur certains décors pour l’album, puis sur presque tous ! À chaque étape, le délai était trop court pour faire beaucoup de préparations, d’autant plus que je travaillais sur l’album « foot » en parallèle. Mais il y a un point sur lequel il est impossible de transiger dans Michel Vaillant : c’est la documentation.

Pour l’anecdote, comme nous étions pressés et que je suis celui qui habite le plus près, c’est moi qui suis allé en repérage photo dans la villa de Myriam et Rudy Ricciotti (le célèbre architecte), qui accueillent Michel Vaillant et Françoise dans l’album. Au niveau graphique, j’ai bien sûr lu et relu les albums de la nouvelle saison, pour rester cohérent avec la série actuelle et pour que mon travail cohabite de manière la plus transparente possible avec celui de Benjamin.

Tu as également une autre actu. Quelques mots ?

Comme évoqué précédemment, c’est une collection sur le foot (d’autres clubs européens sont traités par d’autres auteurs) qui fait en quelque sorte le portrait d’un club par le biais de la fiction. On essaie de traduire l’état d’esprit d’un club, ce qui fait son ADN, à travers une histoire imaginaire qui puisse intéresser à la fois les supporters mais aussi les lecteurs moins familiers avec cet univers. Le premier sort fin octobre, et nous travaillons déjà sur le second, mais ce sont des récits complets à chaque fois.

Le mot de la fin ?

Heu… je suis dessinateur, moi. Va demander à mes scénaristes 😉 !