Dans le récent « Superstar », sorti il y a quelques semaines seulement, Xavier Giannoli abordait le thème de la célébrité précoce, toute comparaison avec une autre forme de précocité n’étant pas fortuite…, en démontrant la perversité de ceux qui manipulent ces « apprentis sorciers » pour mieux vendre leurs émissions de télé-réalité. Si dans le film de Giannoli le héros refuse, malgré lui, cette médiatisation, dans le nouveau film de Matteo Garrone, réalisateur du fameux « Gomorra » d’après le sulfureux roman de Roberto Saviano, le héros, un pêcheur napolitain rapidement dépassé par les évènements, recherche lui aussi cette célébrité à tout prix (ou presque). En effet, avant de prétendre devenir à son tour une icône, Luciano s’occupe, avec une exubérance toute napolitaine, de sa famille et, accessoirement, de sa poissonnerie. Il ne se doute certainement pas que cette course à la célébrité le mènera vers des horizons si peu reluisants.
Présenté au dernier Festival de Cannes, « Reality » a décroché le Grand Prix du Festival. L’acteur principal, Aniello Arena, fût un temps présenti pour décrocher le prix d’interprétation masculine qu’il n’aurait pu, de toute façon, recevoir : et pour cause, il purge une longue peine de prison, ce qui ne l’empêche pas de fréquenter régulièrement la compagnie della Fortezza, une troupe de théâtre de la maison d’arrêt de Pise. Il est condamné pour un double assassinat commis en 1993… « Reality » évoque l’émission « Il grande Fratello », l’équivalent de l‘ancien Loft de M6. Ces émissions de télé-réalité posent deux questions essentielles : la manipulation dont sont victimes les participants, exploités durant une très courte période puis rejetés dans la fosse commune de l’anonymat sans aucune forme de suivi psychologique (cf. le suicide du dénommé François Xavier, candidat de Secret Story 3…) et l’exemplarité qu’elles offrent au jeune public qui n’a pas forcément les moyens de décoder ce genre d’émissions. « Reality » dénonce les travers de la télé-réalité tout en assumant pleinement sa dimension de farce qui puise dans le fameux héritage des grandes comédies italiennes des années 70. Le trait est volontairement forcé mais c’est pour la bonne cause !
Un film de Matteo Garrone
Sortie le 03 octobre




