A travers sa saison culturelle et ses multiples actions parallèles, la ville de Firminy est devenue un acteur clé de la culture au sein du Département. Rencontre avec Laurence Juban, adjointe à la culture de la ville de Firminy et Marie-Agnès Blanchard, chargée de programmation :
Pouvez-vous nous donner quelques chiffres sur la saison écoulée (nombre de spectacles, nombre de spectateurs, nombre d’abonnés, budget et financement de la saison, etc.) ?
Réponse Marie-Agnès Blanchard : Voici en quelques chiffres, notre dernière saison 2015/2016 : Un total de 24 spectacles présentés, précisément 947 abonnés, 8546 places vendues hors scolaire et plus de 1 500 scolaires environ. Le budget tourne autour des 240 000€ environ avec tous les coûts techniques. Enfin, les recettes (abonnements et billetterie) représentent 101 520 € en 2015-2016.
Le budget de la culture à Firminy est-il préservé, si oui pourquoi ?
Réponse Laurence Juban : A l’heure des budgets contraints que tout le monde connaît, il est tentant de baisser les subventions publiques de l’action sociale ou culturelle comme c’est le cas du Conseil Départemental de la Loire ou encore les budgets culture avec une baisse de 10 % de la Région Rhône Alpes décidée par le nouveau président de la Région Rhône-Alpes Auvergne, Laurent Wauquiez. Or, pour nous, c’est tout le contraire qu’il faut faire ! Nous avons grand besoin de nous retrouver, de partager de l’émotion, de lutter contre les assignations et de s’interroger sur le monde si complexe qui nous entoure. Alors oui, le budget culture de Firminy sera préservé : c’est la responsabilité de notre génération d’élus que de défendre ces valeurs essentielles.
Quel est le public de la saison culturelle de Firminy ?
Réponse Marie-Agnès Blanchard : Nous avons la chance d’avoir un public mélangé : 40 % de ce public provient de Firminy, 38 % du département de la Loire (Ondaine, Saint-Etienne et Plaine) et enfin la dernière partie, près de 22 %, provient de la Haute-Loire. En majorité, notre public est composé de personnes de plus de 40 ans. Cependant, sur certains spectacles, nous parvenons à attirer un public plus familial, notamment les spectacles concernant le cirque ou le jeune public bien sûr. En soirée, pour des spectacles de théâtre, nous accueillons également beaucoup de lycéens.
Réponse Laurence Juban : Nous avons la chance d’avoir un public chaleureux, populaire et prêt à être surpris. Je crois que c’est un public qui a le sens de l’accueil.
Concrètement, comment se compose une nouvelle saison culturelle à Firminy ?
Réponse Marie-Agnès Blanchard : La prochaine programmation est éclectique afin de proposer des esthétiques différentes, des genres artistiques multiples qui reflètent la variété du spectacle vivant : théâtre, cirque, danse, opéra, théâtre musical, chanson, jazz, musiques du monde, humour et théâtre musical… Un soutien est apporté à la création : soutien à des compagnies régionales et locales. Nous nous engageons sur des projets que nous soutenons par des pré-achats, l’accueil en résidence à la maison de la culture, des rencontres avec le public (actions culturelles avec des lycéens et des classes de primaire). Plus globalement, nous essayons de trouver un équilibre entre valeurs sûres, artistes reconnus et découvertes, des spectacles familiaux, d’autres qui invitent à réfléchir sur le monde d’aujourd’hui parfois avec fantaisie, parfois avec gravité. Nous avons également des partenariats avec des festivals : le Festival des 7 collines, le Rhino Jazz depuis de nombreuses années avec AJ Croce, un songwriter américain très rare en France, le Festival des Oreilles en Pointe avec Juliette Greco, et nous avons aussi établi un nouveau partenariat avec Festyvocal, une biennale de musique vocale contemporaine en novembre sur le site Le Corbusier parrainée par Daniel Kawka. Nous poursuivons la programmation de spectacles lyriques avec « Un Opéra en Folie » et des spectacles musicaux comme « Le Siffleur » de Fred Radix .
Laurence Juban : Je profite de l’occasion pour saluer très sincèrement l’action de Marie Agnès Blanchard, la Directrice du Service Culture ainsi que l’ensemble de l’équipe. C’est un travail engageant, rigoureux parfois complexe que de programmer, accueillir le public tout comme les artistes, être au niveau des attentes techniques et budgétaires de chacun. Chapeau à notre service public Appelou qui prouve sa performance !
Comment se passe la cohabitation avec les autres saisons culturelles ? Parvenez-vous à une forme de concertation ou de collaboration ?
Réponse Marie-Agnès Blanchard : Nous faisons partie du Réseau Loire en Scènes qui regroupe 15 lieux de programmation de la Loire et qui nous permet d’échanger sur les projets artistiques et de mettre en place des actions communes pour défendre la création des compagnies ligériennes (éditions de deux plaquettes : la Saison des créations et la Saison des Matrus.)
Réponse Laurence Juban : Et puis pour la première fois, nous accueillons le public Unieutaire au tarif préférentiel (tarif résident) grâce à une convention que nous avons passé avec la Mairie d’Unieux. Pour nous, il est important que la Culture pour Tous ne soit pas un slogan mais une réalité. 5 spectacles à 50€ au tarif réduit et à 25€ pour les moins de 26 ans : c’est une preuve de notre volonté. Nous favorisons également le travail en réseau.
Quels sont les critères que vous devez impérativement respecter ?
Réponse Marie-Agnès Blanchard : Nous essayons de respecter au maximum la diversité et l’éclectisme, l’ouverture, le soutien à la création mais aussi, la programmation d’artistes reconnus.
On remarque dans votre saison, mais aussi dans les autres, une tendance vers des spectacles pluridisciplinaires ou protéiformes. Pourquoi selon vous ?
C’est le reflet de la création aujourd’hui, ouverte aux influences des autres arts, des nouvelles technologies, qui décloisonne les genres.
N’y a-t-il pas un abandon du théâtre dit « classique » ?
Non, je ne crois pas, en fait, il s’agit plus d’ouverture sur des écritures contemporaines et interdisciplinaires. Des auteurs classiques sont « revisités » avec une nouvelle énergie, un regard contemporain, un excellent exemple nous a été donné la saison passée avec « Un fil à la patte » de G. Feydeau que nous avons accueilli.
Cette saison est ouvertement métissée, avec des artistes d’horizons différents. Vous assumez ?
Oui totalement, c’est aussi une volonté d’ouverture au monde, avec des regards d’artistes singuliers.
Les théâtres publics ont-ils, d’après vous, assez œuvré afin d’ouvrir leurs portes et leurs scènes à plus de diversité ?
Oui, aujourd’hui les programmations sont très ouvertes, diversifiées avec des propositions différentes. La diversité est globalement bien représentée : diversité culturelle et diversité de la création.
Avez-vous l’obligation de programmer quelques têtes d’affiche, Juliette Gréco, François Morel, Sophia Aram, Thomas Dutronc, etc. ?
Oui parce que ce sont des spectacles moteurs qui nous permettent aussi de faire d’autres propositions, de spectacles et d’artistes à découvrir, notamment grâce à la politique d’abonnement permettant de choisir des « valeurs sûres » et des découvertes… Nous avons des retours très positifs de spectateurs qui nous disent aller vers des spectacles qu’ils ne seraient pas venus voir si l’abonnement ne les incitait pas, par un tarif attractif et des têtes d’affiche.
Comment maintenez-vous l’implication des artistes locaux ou régionaux dans cette saison ?
C’est une orientation de notre politique culturelle affirmée et réaffirmée chaque saison. Nous ne concevons pas de programmation sans un soutien à la création, pour permettre l’émergence de projets artistiques, pour favoriser la rencontre entre des équipes artistiques régionales et le public de leur territoire… Cela participe aussi à une dynamique culturelle.
Beaucoup de spectacles se revendiquent « drôles » ou « humoristiques ». Une nécessité en ces temps incertains et compliqués ?
Tout à fait, l’humour permet d’aborder aussi des questions de sociétés, des sujets plus graves, avec légèreté et impertinence. Sophia Aram par exemple s’attaque au monde médiatique et politique, aux intégrismes dans ses spectacles. Et puis des spectacles de divertissement, qui nous rassemblent par le rire et l’émotion partagée, toujours avec intelligence, fantaisie, impertinence, avec poésie aussi.
Parlez-nous de votre saison destinée au jeune public ?
Nous proposerons 5 spectacles dédiés au jeune public : en séances scolaires pour les écoles maternelles et primaires de Firminy, et en séance tout public le mercredi après midi : au programme, de la chanson avec André Borbé, du conte avec « Le Camion à histoires » (un camion de pompiers miniature sera réaménagé en salle de spectacles pour les tout-petits), de la danse avec « Les habits neufs du roi » par Yann Raballand (un conte d’Andersen revisité), du cirque avec « Respire », du théâtre musical avec « Oliver » par la Cie du Souffleur de verre…
Quels sont vos objectifs et ambitions pour cette prochaine saison ?
Rassembler le plus de spectateurs possibles pour partager des moments intenses et que ceux-ci osent la découverte.
Réponse Laurence Juban : Et encore et toujours de faire rayonner notre belle commune. Que les Appelous et leurs amis puissent se retrouver autour de rendez-vous culturels populaires et exigeants dans la qualité. Et tout cela dans l’attente du classement mondial de l’Unesco d’une partie du patrimoine de Firminy autour du 15 juillet prochain. Notre ville bouge et vibre et c’est bien là toute notre ambition.




