Ou dans un registre encore plus terre à terre, « peut-on mordre la main qui nous nourrit » ?

Rappel des faits : le 25 août dernier, lors d’une réunion de la direction du groupe Canal+ avec des délégués du personnel, un syndicaliste zélé de la chaîne payante évoque une possible censure, révélée quelque temps plus tôt par le site Mediapart, créé par Edwy Plénel, Mr Propre du PAF (afin faut surtout pas lui parler de l’affaire Clearstream VS Denis Robert…, chacun possède ses propres casseroles, en effet…) et le magazine branché et parisien « Society », une émanation bobo du Groupe So Foot, d’une enquête de l’émission produite et diffusée par le magazine maison « Spécial Investigation », sur le Crédit Mutuel. La banque, dirigée par Michel Lucas un proche de Vincent Bolloré (qui dirige dorénavant le groupe Vivendi, donc sa filiale Canal +), est soupçonnée d’avoir mis en place, à l’instar de banques britanniques de HSBC ou suisse d’UBS, un système offshore pour faciliter la fuite à l’étranger de capitaux de riches clients français (il en reste encore quelques-uns, oui).

Michel Lucas n’est pas non seulement un proche du nouveau patron de Canal +, il dirige surtout la banque, le Crédit Mutuel donc, qui a accompagné l’explosion financière et industrielle de l’homme d’affaires breton. Par ailleurs, le Crédit Mutuel est le premier opérateur de presse quotidienne régionale en France (le groupe bancaire détient notamment “L’Est républicain”, nos amis du “Progrès”, “Les Dernières Nouvelles d’Alsace”, « Le Dauphiné libéré »…). Le Crédit Mutuel est curieusement devenu le plus important éditeur de presse quotidienne français ! La banque est également l’un des principaux partenaires financiers du groupe Bolloré, actionnaire majoritaire de Canal+ au travers de la multinationale Vivendi. D’après des sources bien informées, comme dirait Coluche, il se dit que c’est Vincent Bolloré en personne qui, d’un simple coup de fil (c’est simple comme le bonheur), serait intervenu pour empêcher la diffusion du dit documentaire. Un documentaire récupéré in extremis par le service public qui a été, après moult rebondissements, diffusé le 7 octobre dernier par le magazine “Pièces à convictions”, sur France 3.

Paradoxalement, la banque n’a pas (encore) cherché à démentir les doutes soulevés par le documentaire. Pour cause, et il faut être naïf pour penser le contraire, toutes les banques françaises ont joué avec le feu, la déontologie et plus accessoirement avec la loi, en maintenant un certain nombre de leurs filiales très actives dans différents paradis fiscaux. Ce n’est plus un secret pour personne. A ce jour, certaines, peut-être les plus aventureuses avec la loi, ont été prises la main dans le sac, les banques HSBC ou UBS. D’autres, sans doute moins hasardeuses, doivent s’en remettre au bon dieu, et à ses saints, dont un certain Saint Vincent, donc… Il y a quelques jours, dans un élan de franchise et d’honnêteté, les dirigeants de Canal +, ont publié un communiqué dans lequel ils précisent que « la direction tient avant tout à défendre les intérêts du groupe Canal +. Ils ont donc estimé qu’il était préférable d’éviter certaines attaques frontales ou polémiques à l’encontre de partenaires contractuels ou futurs ». En réponse à un autre syndicaliste qui l’apostrophait sur cette affaire lors d’un CE extraordinaire, Vincent Bolloré aurait simplement répondu « qu’on ne tuait pas ses amis… ». Cela a le mérite d’être clair. Sauf que quelques jours auparavant, toujours le même Vincent Bolloré s’engageait, la main droite sur le cœur devant les membres transits du Conseil supérieur de l’audiovisuel (dont on se demande à quoi il peut bien servir ce CSA ?) à mettre sur pied un comité d’éthique pour garantir la liberté éditoriale de Canal+. Tout en faisant exactement l’inverse.

Au-delà du cas Canal +, ce problème dans l’édition, la presse ou tout autre secteur, se pose à chacun de nous : pouvons-nous concrètement dénoncer les agissements de celui qui nous a un jour aidé ou qui, par des achats publicitaires ou différentes d’actions, permet à notre entreprise de survivre ? En d’autres termes, pourrions-nous (ou l’un de nos confrères, et ils ne sont pas si nombreux localement !) dénoncer ou critiquer nos importants annonceurs ? Il suffit de rédiger cette question pour en suggérer la réponse.