Ainsi va le temps. Il aura suffit d’une photographie pour que les opinions occidentales bougent enfin. Depuis plusieurs mois déjà, des centaines et des centaines de corps, Africains pour l’essentiel, sont recueillis au large des côtes Italiennes, sans que se soulève ce sentiment d’indignation généralisée. En quoi ce petit corps blanc sans vie est-il plus insoutenable que les milliers d’autres, noirs, échoués, depuis de longs mois, sur d’autres plages de la Méditerranée ? C’est toute la magie et l’injustice d’internet, de la manipulation médiatique et de la gestion des opinions. Il n’est pas ici question de dénigrer la dimension insoutenable de cette fameuse photographie. Il est simplement question de s’interroger, avec recul, sur la nature versatile de l’opinion. Ou plutôt, de vérifier combien il est, de plus en plus facile, grâce au pouvoir numérique notamment, de la manipuler, cette opinion. Pourquoi, depuis cette fameuse photo, que la majorité des journaux Français n’ont pas diffusée dans un premier temps (d’où le mea culpa étonnant du directeur de la publication de Libération notamment), nos médias évoquent le tragique sort des réfugiés et non plus des migrants ? Comment, en l’espace d’une fraction de seconde, ces migrants sont donc devenus des réfugiés, désormais accueillis les bras ouverts par les peuples Européens (enfin, pas tous…) ?
Il aura suffit d’une prise de parole, celle d’Angela Merkel, pour que ce tour de magie devienne possible. De retour de congé, comme ragaillardie par quelques jours de randonnées alpines, la Chancelière Allemande, après avoir fait pourtant preuve d’inflexibilité dans le douloureux dossier Grec (c’est rien de le dire…), a délivré un discours quasi Christique sur l’accueil des réfugiés en provenance non plus de l’Afrique Subsaharienne mais de Syrie ou d’Irak. Dans la foulée de la Chancelière, comme d’habitude, notre cher président Fr. Hollande n’a pu faire autrement que de suivre ce nouveau pas de deux d’A. Merkel, notre président normal voulant sans doute faire oublier qu’en matière d’accueil des réfugiés, la France se trouvait en queue du peloton Européen, loin derrière les pays Nordique mais aussi de l’Italie ou de l’Espagne. Curieusement, rares sont ceux qui rappellent que sans une immigration massive, la nation Allemande court à sa perte. Pour cause, sa démographie est au plus bas. En effet, le vieillissement accéléré de sa population est directement lié à sa faible natalité. Avec 670 000 naissances par an et 870 000 décès, le pays connaît un déficit de natalité de 200 000 habitants par an. Ainsi, l’Allemagne est dans le trio de tête mondial des pays avec la plus petite proportion de jeunes, seulement 13% de la population a moins de 15 ans et seulement 22% a moins de 25 ans. L’Allemagne connaît un taux de fécondité très faible de 1,36 enfant en moyenne par femme (à cause d’une politique familiale inexistante), quand un taux de 2,1 est requis pour assurer le maintien de la population en l’état. Au-delà des questions de marché du travail, de capacités productives et, à terme, de soutenabilité de la dette (si la population diminue), le principal problème porte sur le poids des dépenses publiques de retraite qui va mécaniquement augmenter. À ce titre, malgré un âge de départ à la retraite qui est déjà passé à 67 ans, ce seuil est d’ores et déjà insuffisant. Les futurs salariés Allemands n’auront pas les moyens de satisfaire les besoins de leurs aînés à la retraite. Dès lors, la retraite des allemands semble de plus en plus dépendante de leurs patrimoines accumulés. C’est une des raisons qui explique pourquoi les allemands ne souhaitent pas une inflation trop élevée en Europe, car cela dégraderait la valeur de leur patrimoine (relire les théories de Keynes). C’est bien cette démographie déclinante ajoutée à la nécessité de trouver une main-d’œuvre bon marché qui sont à l’origine de cette prise de position de la chancelière Allemande. L’Allemagne ne peut faire autrement que d’importer en masse cette population immigrée. D’autant qu’en l’absence d’un salaire minimum garanti, ses entreprises auront carte blanche pour piocher dans cette main-d’œuvre malléable (parlez-en aux abattoirs Français)…
Au-delà de cette générosité nouvelle de nos amis Germains, il convient également de souligner qu’à aucun moment, nos médias daignent d’une part, désigner les principaux responsables de cette crise humanitaire (pourquoi la Libye, la Syrie et l’Irak sont plongées depuis ces dernières années dans de terribles guerres civiles ?) et d’autre part élaborer la moindre solution pour stopper cette crise qui risque de perdurer (à qui profite cette situation ?). Comment en moins d’une année, une organisation à la base terroriste, Daesh, vague émanation d’Al Qaeda au Maghreb, une organisation qui, au départ rappelons-le, ne fédérait qu’une poignée de soldats fanatiques, a-t-elle pu construire, sur des ruines, une nouvelle organisation quasi-étatique ? Qui a financé Daesh ? Qui a soutenu Daesh ? Qui lui fournit les armes (souvent de fabrication Occidentale) ? Qui exploite les puits de pétrole que Daesh s’est appropriés ? Qui lui achète du pétrole (et d’autres choses) ? Qui négocie avec Daesh ? Qui profite de la nouvelle guerre entre Chiites et Sunnites ? Le plus pathétique dans cette histoire, c’est que ce fléau migratoire était tout à fait prévisible. Nous rappelions dans ces mêmes colonnes, il y a quelques mois déjà, les prédictions du colonel Kadhafi… Enfin, lorsqu’on voit l’échec des différentes politiques d’immigration de l’ensemble des nations Européennes, et en premier lieu celle de la France (quel est, d’après vous, le taux de chômage des populations issues de l’immigration ?), on peut craindre, si justement ces politiques d’immigration, d’accueil et d’éducation restent inchangées, l’effet d’une bombe à retardement. L’histoire n’étant au fond qu’un éternel recommencement.
PS : on apprend avec étonnement que l’Allemagne, submergée par les flots de migrants-réfugiés, annonce le contrôle de ses frontières !!!




