Le principe de l’opération « Auprès de nos arbres » est relativement simple : choisissez un arbre, rendez-lui hommage en créant une œuvre textile. Tricot, crochet, dentelle, patchwork… tout devient possible. Rencontre avec Laure Dieulouard, coordinatrice de l’opération :

Le salon « Tatou juste » fêtera son 10e anniversaire cette année… Quel bilan faites-vous de ces 10 premières années ?

La première année, nous avions 20 exposants, 1 000 visiteurs. Tatou Juste était un salon du commerce équitable qui avait lieu en mai. En 2014, nous avons eu 150 exposants, 6 000 visiteurs. Tatou Juste compte maintenant 12 pôles thématiques, comme l’éco-habitat, le bien-être, la mode… et a lieu en novembre. Ce développement n’a pu se faire que grâce à l’embauche d’une personne permanente à 24h par semaine en 2011. Le bilan est donc satisfaisant.

On a comme l’impression que la crise économique aura eu raison de l’écologie, du développement durable et de l’économie sociale et équitable. Qu’en pensez-vous ?

Je pense qu’au contraire, la crise nous fait prendre conscience que notre modèle n’est pas idéal, et qu’il y a autre chose à inventer. Alors oui, la crise est peut-être néfaste pour les engagements de façade, ceux qui ne sont pas sincères. Mais nous sommes de plus en plus nombreux à prendre conscience qu’au-delà des crises passagères, quelque chose ne tourne pas rond dans notre société. Ce contexte de crise nous incite à nous questionner et à inventer des solutions. Et quand l’intelligence humaine est mobilisée ainsi, il y a toutes les chances pour que cela aboutisse. Nous sommes dans une phase de transition où beaucoup de choses sont à réinventer. C’est passionnant !

Quelles seront les nouveautés de la prochaine édition ?

Il y aura sans doute plus d’exposants, car nous avons reçu beaucoup de nouvelles demandes suite à l’édition 2014​, comme celle de Kokopelli, une association qui produit des semences issues de l’agro-écologie. Et nous donnerons plus de place au thème de la nature dans la ville et de la cohabitation nature/homme.

Pouvez-vous nous présenter l’opération « Auprès de nos arbres » ?

« Auprès de nos arbres​ » appelle tous les acteurs de Saint-Étienne et sa région, habitants, designers, créateurs textiles, associations, entreprises, maisons de retraite, écoles, centres sociaux…, à choisir un arbre dans leur ville et à lui rendre hommage en imaginant pour lui une création textile. Nous nous​ sommes inspirés d’une tendance de société, le tricot urbain (Yarn bombing), déjà expérimenté localement sur Andrézieux, Côte Chaude à Saint-Étienne​, Bourg Argental. Le principe consiste à envelopper​ du mobilier urbain de tricot. C’est très symbolique de l’envie des gens de personnaliser leur environnement urbain, de le rendre plus coloré, plus humain.

Quel est le rapport de nos concitoyens aux arbres, d’après vous ?

​Il n’y a pas de généralité. ​Certains souffrent de voir le traitement qui est infligé aux arbres, d’autres se plaignent de leurs « nuisances » : trop de feuilles qui tombent, trop d’insectes, trop de bruits d’oiseaux, gêne pour se garer. Et beaucoup passent à côté sans les voir, ne font pas la différence entre un arbre et du mobilier urbain, punaisent leurs affiches sur les troncs… Les arbres en ville sont en état de survie, malades, car ils ne sont pas pris en compte en tant qu’êtres vivants.

​Cette démarche entre-t-elle dans le champ du « land art » ?

Même si notre initiative puise sans doute ses lointaines origines dans le land art, notre démarche ne prétend pas s’inscrire dans un champ artistique. Il s’agit plutôt d’une invitation à la créativité populaire accompagnée. « Auprès de nos arbres » met la lumière de façon joyeuse et ludique sur la place de l’arbre et de la nature en ville. Les œuvres produites seront le reflet des différentes visions et subjectivités des participants, qu’ils soient artistes ou non. Les créations seront visibles à partir du mois de novembre, en divers lieux de la région stéphanoise. Une exposition photo et un catalogue témoigneront de cette aventure.

Vous venez de présenter cette opération, quelle est la réaction du public stéphanois ?

​Très bonne. Les gens sont séduits, car ce projet est joyeux. Il amène à nous rencontrer, à regarder les arbres, à imaginer ce que nous pourrions faire ensemble​ pour eux. C’est l’occasion pour que les personnes âgées​ enseignent un savoir-faire ​aux autres. Ce projet permet à chacun​ d’exister en tant qu’individu, tout en faisant partie d’une dynamique collective d’ampleur qui contribuera à rendre notre territoire plus gai.​ A ce jour nous avons 30 structures intéressées et 55 particuliers. Certains arbres ont déjà été choisis.​

Qui peut participer à cette opération et comment faut-il s’y prendre ?

Tout le monde peut participer : habitants, designers, créateurs textiles, entreprises textiles, musées, associations, centres d’accueil collectif, écoles, maisons de retraite… c’est gratuit et il suffit de s’inscrire sur notre site tatoujuste.org​, ou de nous appeler pour plus d’infos (06 95 06 57 05).

Vivre dans un environnement plus beau, peut-il nous rendre « plus beau » également ?

​Évidemment. Mais c’est encore mieux quand c’est nous qui le rendons plus beau ensemble… ainsi il y a plus de chances qu’il le reste et le processus en lui-même contribue à nous embellir aussi ! ​

Qu’attendez-vous d’une telle opération ?

​Je n’ai pas d’attente… mais si le projet plaît, et que beaucoup de personnes s’inscrivent (100 arbres choisis serait ​un beau résultat), les hommes seront plus reliés entre eux et avec leur environnement, ce qui veut dire plus de bonheur. Et l’impact visuel sera suffisamment important pour que l’image de notre territoire en bénéficie positivement.