Claude Bartolone, président de l’Assemblée Nationale a rendu, il y a quelques jours, un rapport à François Hollande prônant le vote obligatoire. Selon C. Bartolone, la démocratie se construit sur des droits et des devoirs et parmi les devoirs de la population, le vote doit s’imposer quitte à devenir obligatoire. Il est vrai que la tentation est grande de tirer un trait sur le désaveu de la classe politique nationale qu’exprime depuis des années déjà l’abstention, dans la mesure où le vote blanc n’a aucune valeur symbolique ou juridique. L’abstention est la forme évidente du rejet de notre classe politique par près ou plus de la moitié de la population. Rappelons-nous le ridicule du premier ministre Valls se félicitant, le soir du premier tour des récentes élections département, du score du parti socialiste, une vingtaine de % avec plus de 50 % d’abstention, soit au final l’adhésion de 10 % de la population pour un parti de gouvernement… Et quoi de mieux que de masquer cette impopularité par le vote obligatoire. Quelle belle fumisterie de la part du président de l’Assemblée Nationale qui balaie ainsi toute remise en cause du personnel politique ! C. Bartolone a subitement oublié que le candidat de son parti a été élu en 2012 sur un programme fortement ancré à gauche, avec en clé de voûte le fameux discours du Bourget, « Mon ennemi, c’est la finance » et qu’une fois devenu président de la république, son poulain, Fr. Hollande appliquera une politique que même N. Sarkozy n’aurait pas reniée.
Nul citoyen animé par un souci d’équité sociale et d’équilibre n’a oublié cette fameuse phrase prononcée au Bourget. Eux, c’est-à-dire l’ensemble des cadres du parti socialiste, l’ont rapidement rangé dans les oubliettes de l’histoire. Pourtant 7 ans après la crise financière, nos amis de l’oligarchie financière ont renoués sans vergogne avec la démesure et l’indécence. Ainsi à la fin de cette année 2015, les entreprises cotées à Wall Street s’apprêtent à verser 1 000 milliards de dollars (soit 945 milliards d’euros) sous forme de dividendes ou de rachats d’actions à leurs actionnaires, selon le calcul de plusieurs cabinets d’analyse. 1 00 000 000 000 de dollars, vous avez bien lu, ce qui représente l’équivalent du tiers du PIB français (2 900 m en 2014). Soit une hausse de 10 % de plus de ce qu’ils ont distribué à leurs actionnaires en 2014. Les 500 plus grosses sociétés américaines distribueront ainsi 400 milliards de dollars en dividendes et 600 milliards de dollars en rachats d’actions pour satisfaire leurs actionnaires, ce bien sûr, au détriment des investissements dans l’économie réelle et des salariés bien entendu.
Une récente affaire illustre bien la puissance insoupçonnée de ces actionnaires. Premier actionnaire du groupe côté au CAC40, Vivendi, propriétaire notamment de Canal +, Vincent Bolloré, l’un des hommes d’affaires français les plus puissants et les plus riches, a été contraint d’augmenter de 2,7 milliards d’euros les dividendes distribués à ses actionnaires d’ici à l’année 2017, après deux semaines d’intenses pressions du fonds américain PSAM, qui ne détient pourtant que 0,8 % du géant français des médias. Cette importante distribution de dividendes portera atteinte à la capacité d’investissement dudit groupe. Mais si le milliardaire breton s’est résolu à accepter cette hausse de la rétribution aux actionnaires c’est qu’il a eu besoin du soutien de ce fameux fonds de pension PSAM dans l’adoption par les actionnaires de Vivendi du système prévu par la « loi Florange », doublant le droit de vote des actionnaires présents depuis au moins deux ans. Par cette opération du Saint-Esprit que les salariés du groupe apprécieront sans doute, V. Bolloré double son emprise sur le groupe dont il ne détient que 12,01 % du capital. Cela se passe en France, dans un groupe français dont les salariés sont principalement français…
C’est pour cette raison, et quelques autres bien entendu, que le pourcentage le plus fortuné des ménages commence à 753 000 dollars (557 000 euros) et amasse 46 % du patrimoine mondial, un % en hausse, tandis que les deux tiers des ménages, dont le patrimoine reste stable, ne représentent que 3 % de la richesse globale. C’est pour cette raison, et quelques autres bien entendu, que la richesse mondiale a plus que doublé depuis 2000, atteignant un nouveau record historique de 241 000 milliards de dollars. C’est pour cette raison, et quelques autres bien entendu, que le nombre de millionnaires en dollars n’a jamais été aussi élevé, 31 millions dans le monde. Ils sont 14 millions aux États-Unis ; 10 millions en Europe et 6,5 millions en Asie-Pacifique. C’est pour cette raison, et quelques autres bien entendu, que parmi les près de 100 000 ultra-riches au capital supérieur à 50 millions de dollars (37 millions d’euros), la moitié environ est aux États-Unis, la Chine arrive loin derrière, devant l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France et le Japon. C’est pour cette raison, et quelques autres bien entendu, que selon l’indice 2011 d’Eurostat repris par la Croix-Rouge, le pourcentage de ménages français sous le seuil de pauvreté (moins de 60 % de la richesse médiane dans le pays) s’élevait à 14 %, en hausse de 1,3 point, soit 350 000 habitants de plus par rapport à 2008.
Au même moment, on apprenait que le frère de Georges W. Bush et le fils de Georges Bush Sr, Jed Bush ainsi qu’Hilary Clinton, femme de Bill Clinton, annonçaient leur entrée dans la course à la prochaine élection présidentielle américaine. Ne nous rapprochons-nous pas à grands pas de la mort annoncée de la démocratie au profit d’une oligarchie de plus en plus avide et vorace… ?




