Il n’est pas un pays qui ne connaît pas des problèmes de délinquance, n’en déplaise à Éric Zemmour. Il y a peu, le polémiste a une nouvelle fois défrayé la chronique en stigmatisant « les bandes de Tchétchènes, de Roms, de Kosovars, de Maghrébins, d’Africains qui dévalisent, violentent ou dépouillent ». Dans cette chronique quotidienne qu’il tient sur RTL, le polémiste mélange malicieusement des populations étrangères à des populations françaises issues de l’immigration, comme si ces dernières n’étaient pas tout à fait françaises. Et c’est bien là que se situe le mal français, dans cette incapacité, à partir de la fin des années 70 et plus particulièrement dans les années 80, à accepter cette seconde génération issues de l’immigration comme complètement Française notamment au regard de la loi, et en République, jusqu’à preuve du contraire, il n’est d’autre valeur absolue que la loi. Personne ne pourra nier que, dans les années 80, la France a systématiquement entretenu une forme de politique d’apartheid social (en parquant ces populations dans des banlieues excentrée et retirée, sans présence républicaine in situ), éducatif (il serait intéressant qu’un sociologue se penche sur le nombre de bacheliers issu de l’immigration à cette époque), professionnel (discrimination manifeste et assumée), culturel (aucune présence représentative à la télé, dans le théâtre, le cinéma…) envers cette population alors qu’au même moment, le gouvernement socialiste mettait en place, via l’association SOS Racisme et avec le soutien de l’Union des Étudiants Juifs de France (dans l’optique d’étouffer tout éventuel soutien communautaire à la Palestine) une vaste opération de manipulation consistant à tuer dans l’œuf l’émergence d’une élite culturelle et politique issue de cette génération de Français issus de l’immigration. Cette honteuse manipulation dénoncée récemment lors du 30e anniversaire de la Marche des Beurs avait également pour objectif, aux yeux des penseurs socialistes, la diabolisation du Front National tout en profitant des scores du parti de J.M Le Pen pour battre la droite traditionnelle.
Ce refus des élites françaises (ce qui ne fût pas le cas du peuple de France, le grand nombre de mariages mixte notamment le prouve) de considérer ces jeunes Français issus de l’immigration comme pleinement français coïncidera, comme par hasard, à la fin des années 90, par la montée du sentiment religieux, ultime repli identitaire. Immobile ou aveugle face à cette soif de spiritualité, l’État a complètement ignoré, durant une bonne vingtaine d’années, cette forme de repli communautaire quelque peu légitime puisqu’on leur refusait l’appartenance à l’identité française, et donc favorisé la multiplication de lieux de cultes clandestins ou misérables (dans les caves des immeubles), laissant aux riches monarchies pétrolières, avec lesquelles la France nouait parallèlement de nombreux accords économiques, la main sur la diffusion d’un Islam pour le moins caricatural. Faut-il rappeler que jusqu’à la fin des années 90, on ne constate aucun Hijab dans nos cités ? C’est bien sous l’effet conjugué de cette propagation d’un Islam rigoriste à défaut d’extrémiste, et de cet apartheid caché, qu’une partie de nos concitoyens issus de l’immigration ont préféré se tourner vers La Mecque plutôt que vers la République. Peut-on raisonnablement leur en vouloir ? Telle est la question. Et pour tous ceux qui n’auront pas été gagnés par cette fièvre religieuse, qui n’auront pas su trouver dans l’espace Républicain un espace vital minimum ainsi qu’un projet de vie acceptable et qui, parallèlement, auront connu une scolarité désastreuse (faut-il rappeler le trop grand nombre de jeunes qui sortent de notre système scolaire sans aucune formation), une frange très minoritaire au fond, mais suffisamment visible pour rendre furieux certains penseurs, journalistes, politiques ou polémistes (dont Zemmour), la délinquance restera une alternative envisageable. Enlevons le trafic de stupéfiants des cités et nous nous apercevrons peut-être de ce à quoi pourrait ressembler une insurrection au 21e siècle…
Mais n’en déplaise à Zemmour, donc, toute nation doit lutter avec la délinquance, même le Japon qui a su préserver l’hétérogénéité de sa population (ce serait faire injure aux Yakusas que de croire le Japon sans mafia). La petite délinquance quotidienne est certainement la moins dangereuse à long terme mais forcément la moins acceptable par la population, car c’est bien le petit peuple qui en est la première victime. La délinquance est inhérente à l’homme sans doute, aux êtres humains, peut-être, les animaux se querellent sans cesse, mais elle est consubstantielle, c’est évident, au libéralisme. C’est bien l’extrême richesse qui engendre la pauvreté qui engendre, chez certains, et chez certains seulement (car être pauvre n’incite pas forcément à la haine), la frustration puis la violence. Le Libéralisme engendre, c’est sa nature, les inégalités qui engendrent la misère qui engendre l’exclusion qui engendre les ghettos qui engendrent la violence. La réponse ne sera jamais policière. Il n’y a jamais eu autant d’Américains en prison, il n’y a jamais eu autant de violence aux États-Unis. Il faudra bien un jour se poser les bonnes questions, non ?




