Le festival « Curieux Voyageurs » donne à voir le monde autrement. Raison suffisante pour en savoir plus sur ce festival qui n’est pas tout à fait comme les autres. Rencontre avec l’équipe :

Le festival s’est successivement appelé « Voyage et aventure », « Planète couleurs » et désormais  » Curieux voyageurs « . Pourquoi ces changements de nom ?
« Voyage et aventure » était le nom du festival depuis 1979, date de sa création, jusqu’en 2001. C’était aussi le nom de l’association qui organisait et qui portait d’autres projets, dont des diffusions de documents audiovisuels dans les salles de spectacle des environs. Étant donné l’ampleur que prenait le festival, l’équipe a souhaité créer une association uniquement dédiée à son organisation. C’est la création de l’association Rev’a (Rencontres, voyages et aventures), qui depuis, porte l’organisation du festival. Ce dernier a donc changé de nom pour prendre celui de « Planète Couleurs ». J’ai commencé à travailler pour le festival en 2005. Je me suis rendu compte que ce nom, « Planète Couleurs », connotait le festival comme un événement relatif à la solidarité internationale, mais pas du tout comme un festival de films de voyageurs, qui est pourtant son objet principal. Avec toute l’équipe nous avons donc réfléchi à un nom qui permettrait de mieux faire comprendre son contenu, et c’est « Curieux Voyageurs, festival de films « , qui en est sorti. Le premier changement de nom est donc lié à un changement de structure porteuse du festival ; Le deuxième est lié à des considérations de communication.

Pouvez-vous nous rappeler le concept de ce festival singulier ?
« Curieux Voyageurs » est d’abord un festival de films de voyageurs. Nous recevons chaque année une centaine de films, que nous visionnons et sélectionnons pour n’en garder qu’une vingtaine. Ce sont des films très variés, du film de voyage pur, comme « Janapar, l’amour en bicyclette », l’aventure de Tom Allen, jeune informaticien parti 3 ans autour du monde à vélo, à la catégorie plus documentaire, comme « Birmanie, l’espoir retrouvé », en passant par le film d’expédition sportive, tel « China jam » (escalade du Kyzyl Asker à la frontière sino-kirghize). Au-delà du moment de projection, l’intérêt de « Curieux Voyageurs » réside dans la rencontre avec les réalisateurs, les voyageurs, toujours présents, pendant et après la projection. Pour prolonger ces échanges, nous avons mis en place le Village des Globe-Rêveurs qui présente environ 70 exposants. Des associations humanitaires, de tourisme solidaire, des voyageurs, mais aussi des carnets de voyage, des animations pour les petits et les grands, des expositions de photos. L’accès aux films est payant, entre 2,5 et 12 euros, mais l’accès au Village et à toutes ses animations est gratuit.

Le festival dure depuis plus de 30 ans… Une véritable prouesse, non ?
Oui, c’est une prouesse quand on regarde les chiffres, car la première édition était en 1979. La majorité des personnes qui ont fondé le festival sont toujours dans l’équipe, qui s’est enrichie de nouvelles têtes au fil des années. Mais nous n’avons pas l’impression de vivre quelque chose d’extraordinaire ; c’est au contraire très simple. Cela tient à un équilibre subtil entre les différents membres de l’organisation qui savent ce qu’ils ont à faire, qui le font avec passion, et qui connaissent leurs forces et leurs faiblesses. Les complémentarités jouent et tout s’imbrique parfaitement (ou presque !). Et si le festival dure, c’est aussi parce qu’il y a un public pour venir voir les films. C’est évidemment la raison première de sa longévité. Ce sont les visiteurs qui font le festival. Et cela nous fait vraiment plaisir de voir que les gens sont attachés à « Curieux Voyageurs ». Beaucoup en connaissent l’histoire, savent que c’est un grand événement organisé par une majorité de bénévoles. C’est amateur et pro à la fois. Ils nous pardonnent les petites erreurs inévitables, comme le site internet pas toujours à jour, nous le font remarquer gentiment et on essaie d’arranger les choses.

Comment parvenez-vous à mobiliser toute une équipe de bénévoles à travers toutes ces années ?
On ne peut pas parler de mobilisation d’une équipe de bénévoles. Le liant, c’est cette réalisation, le festival. C’est très valorisant de travailler toute l’année pour cette apothéose, ce bouquet final qui nous apporte autant de satisfactions. Et avant tout, les bénévoles sont des amis, ils se connaissent, ils font des choses ensemble en dehors du festival, ils partent en voyage, nous organisons des balades, des randonnées. Et je crois que chaque bénévole se réalise personnellement à travers cette œuvre collective qu’est le festival. C’est la clé de la motivation.

En quoi ce festival est-il unique ?
Il est unique parce qu’il est une construction collective. Et comme chaque personne qui y met un peu d’elle-même est unique, et bien le résultat est unique.

Parlez-nous de cette édition 2014 ?
Globalement nous recevons de plus en plus de films de très bonne qualité technique. Même s’ils sont réalisés par des amateurs. Donc les films sont de très bon niveau. Cette année, des tendances profondes ressortent : l’amour de la nature partagé par toute l’équipe se trouve officialisé sous le thème « Passion nature », avec une matinée du dimanche qui y est consacrée et un nouvel espace « La nature près de chez vous » dans le Village des Globe-Rêveurs, avec la présence du Parc Livradois Forez et de la LPO. L’attention que nous portons depuis quelques années aux familles est résumée dans le thème « Voyage en famille » : deux films « Lhamo, une enfance sur le toit du monde » et « La terre à bicyclette », et des activités pour les enfants tout au long du week-end. Le travail mené depuis quelques années avec les étudiants aboutit à la soirée « Tours du monde en vélo », destinée spécialement à ce public. La littérature de voyage prend de l’ampleur ; deux maisons d’édition viennent avec six auteurs, le Prix littéraire « Curieux Voyageurs » est diffusé dans 18 médiathèques de la Loire et nous aurons au total plus de dix écrivains présents pendant tout le festival, en plus des réalisateurs

Quelles seront les découvertes de cette nouvelle édition ?
Il y aura des films magnifiques : « Espoir voyage », un film de Michel K. Zongo, qui a refait le voyage de son grand frère du Burkina Faso jusqu’en Côte d’Ivoire pour comprendre ce qui lui était arrivé. C’est un vrai film de voyage sur fond d’amour familial et d’émigration interafricaine. Nous avons également adoré « Janapar », de Tom Allen. À 23 ans, il avait tout pour réussir une belle carrière. Mais il avait mieux à faire et est parti pour 4 ans à vélo autour du monde. Sur sa route, il tombe amoureux d’une belle iranienne-arménienne…Un autre coup de cœur, « Le rêve brisé des aborigènes », un documentaire éclairant notre perception des peuples premiers en 1956, les techniques d’étude ahurissantes et la vision actuelle des ethnologues

Comment internet a-t-il révolutionné la notion du voyage et du tourisme ?
Internet n’a pas révolutionné les voyages, ni le tourisme, c’est simplement un formidable accélérateur de circulation de l’information. Avec du positif et du négatif. En positif : informations disponibles sur les pays, les formalités, échanges d’infos parfois très pointues avec d’autres voyageurs, comparaisons faciles de tarifs de billets d’avion, d’agences de voyage, images numériques aussitôt faites, aussitôt sur Facebook (quoique…. est-ce vraiment à mettre en positif ?). En négatif, exactement les mêmes choses : l’abondance d’infos exacerbe d’avantage la peur qu’elle n’encourage à sortir des sentiers battus, les forums nous transforment en comparateurs, en « essayeurs », développent d’avantage l’exigence de confort que d’originalité. Globalement, internet contribue sûrement plus à standardiser nos comportements (en matière de voyages comme dans bien d’autres domaines) qu’à nous aider à savoir ce que nous voulons vraiment. En fait, comme le disait l’ami de la langue Esope, c’est à la fois la meilleure et la pire des choses.

Un tourisme raisonnable est-il réellement envisageable, si oui, comment ?
Si oui, l’exemple et l’initiative ne peuvent venir que du niveau régional, au maximum européen. Au niveau international, les destinations touristiques traditionnelles voient aujourd’hui arriver une nouvelle et très importante clientèle en provenance des pays émergents (Chine, Russie,…), dont la préoccupation majeure n’est pas la mise en place d’un tourisme raisonnable. Ceci est une préoccupation de « vieux » pays et il nous appartient de travailler en ce sens. D’autre part, l’inévitable raréfaction des ressources pétrolières remettra forcément en question nos modes de déplacement (on devrait déjà le faire, mais chacun sait qu’on n’acceptera de prendre le mur en considération que quand nous serons en train de nous y écraser). Tout ceci fait que oui, on peut et il faut faire autre chose, et qu’il faut le faire dans un environnement géographique relativement proche. Paradoxalement, internet permet de sécuriser en amont les voyages, alors que ce monde apparaît de plus en plus chaotique…

La vraie découverte est-elle encore possible ?
Comme expliqué plus haut, internet contribue à présenter le monde comme plus menaçant qu’il ne l’est réellement. Nous n’avons jamais été autant inondés de messages médiatiques stigmatisant l’inconscience, l’imprudence de gens ayant simplement fait une course en montagne ou pris leur voiture alors qu’il neigeait. La demande pour des vacances « sûres » et confortables est de plus en plus forte (un exemple : la fréquentation des refuges de montagne, nettement en baisse). Donc, oui, la « vraie » découverte est encore possible. Il faut juste ne pas se croire obligé de faire comme on nous dit de faire !