Après son premier monologue «Esclave du «temps, il y a quatre ans, Grégory Bonnefont qui  a repris sa plume, remonte sur les planches et fait sa déclaration d’amour à la vie. Il dit sa vision d’un monde qui « viole la mort ». Grégory Bonnefont a fait appel à Arthur Fourcade pour le mettre en scène. Leur regard commun percute le théâtre au service d’une parole politique, existentielle, théâtrale, poétique, mais ô combien vitale ! Rencontre :

Questions à Grégory Bonnefont :
Parle-nous de ta nouvelle pièce ?
« Du silence » est une étrange traversée scénique, celle d’un homme questionnant sa mort, allant jusqu’à se payer le luxe de dialoguer avec elle. La mise en scène d’Arthur me permet d’explorer ce dialogue sous différentes facettes et cela laisse entrevoir une palette de jeu assez variée.

Que c’est-il passé depuis tes premiers pas sur scène, il y a déjà un petit moment ?
Il s’est passé pas mal de choses, il y a eu une vie qui avance avec ses espoirs et ses doutes. Je suis passé par pas mal d’expériences, théâtrales ou non. Je m’implique du mieux que je peux dans la vie associative stéphanoise notamment avec le groupe d’éveil à la citoyenneté que j’ai initié à Montchovet. « Du silence » représente pour moi un grand bonheur de pouvoir être à nouveau sur scène avec des choses à dire. Il faut dire que la conjoncture est propice à cela. J’ai également travaillé en tant qu’ouvreur à la Comédie ce qui m’a permis de rencontrer Arthur et de rejoindre le Collectif X notamment pour le projet « Villes#1-Saint-Etienne ». Le fait de créer ma compagnie « De l’âme à la vague » a été une confirmation de me lancer dans le théâtre.

Pourquoi continuer dans l’écriture ? Tu as trop de choses à dire pour ne faire qu’acteur ?
Je ne dirai pas que je reste dans l’écriture. Je vis simplement une nécessité d’écrire mes envies, mes besoins, en résonance avec le monde qui nous entoure. Néanmoins je suis toujours heureux quand ma plume est remarquée et tant mieux si elle me permet de vivre d’autres expériences. Concernant l’acteur que je suis, il ne demande qu’à jouer autre chose que ses propres textes. Mais si je joue dans la saison découvertes, c’est aussi parce qu’on ne me connaît pas assez. L’occasion je l’espère pour le public stéphanois de me découvrir.

Cette fois-ci, en revanche, tu collabores avec Arthur Fourcade qui te met en scène. Raconte.
Avec Arthur c’est l’histoire d’une très belle rencontre. Je dirai que nos personnalités se conjuguent très bien, ce qui pour moi est la base d’une relation artistique qui marche. Je l’ai présenté à Eric Barjot, mon metteur en scène sur Esclave du temps, et j’ai aimé la passation qu’il y a eut entre eux. Pour moi Arthur, c’est le comédien pour lequel j’ai une grande admiration. Le metteur en scène est pas mal non plus (rire!). Il a su faire confiance en mon écriture et me redonner confiance en mon propre jeu d’acteur. J’apprécie beaucoup la manière avec laquelle il m’a permis de redécouvrir mon humour. Le respect qu’il témoigne à ses acteurs fait que c’est un metteur en scène que je recommande à tout le monde (rire!)

Ça se passe où et quand ?
Ça se passe les 27 et 28 février et 1er mars 2014 à 20h30 à l’Usine, à la Comédie de Saint-Etienne et c’est dans le cadre de la saison découvertes de la ville, mais attention c’est pour public averti! (rire)

Questions à Arthur Fourcade :
Peux-tu te présenter en quelques mots  ?
Je suis comédien et metteur en scène. Comédien depuis longtemps déjà, metteur en scène depuis peu. Ce projet avec Grégory a quelque chose à voir avec ma naissance en tant que metteur en scène.  J’ai fait un passage par l’Ecole de la Comédie qui m’a permis de rencontrer mes camarades de travail – le Collectif X d’une part, et Grégory Bonnefont d’autre part – et de faire la rencontre d’une ville que j’ai adopté, qui m’a adopté, que j’aime et que j’ai élu terre de mes débuts : Saint-Etienne. Mon autre grand projet de cette année est d’ailleurs un travail d’urbanisme et de recueil de témoignages sur la ville de Saint-Étienne – un projet dont Grégory fait aussi parti et qu’il porte avec moi.
Qu’est-ce qui t’a inspiré dans le projet de Grégory ?
Grégory m’a fait lire son texte Esclave du temps, et m’a demandé de le retravailler avec lui. J’ai beaucoup aimé le texte qu’il m’a soumis, et Grégory m’a montré le travail déjà accompli avec Eric […]. J’ai trouvé ça très fort, très inspirant. Nous avons donc commencé à travailler, et comme notre travail a toujours été fait de nombreuses et longues conversations, j’avais accès par là à ses questions du moment, à sa vitalité en cours. J’ai voulu ça. Et nous avons pensé un texte qui serait comme une longue conversation d’ami à ami avec le public, sur le thème de la mort – c’est-à-dire de la vie ! Je suis donc présent et actif dès la genèse de ce texte. Je pense qu’on peut dire que je suis autant le directeur d’acteur que le « directeur d’auteur » de Grégory. Mais c’est son projet, son propos, et je veux être au service de cette force à laquelle j’ai accès comme ami. Je suis certain que cette passion intime de la parole peut faire théâtre. C’est par là que l’écriture de Grégory est universelle, bien qu’elle soit personnelle et liée à son histoire, et bien qu’elle soit une écriture qui dise « je ». C’est une écriture qui dit « je » parce qu’elle dit aussi « nous ». C’est l’étape qu’a franchi Grégory entre Esclave du Temps et Du Silence.

J’imagine que vous n’aviez pas un budget illimité. L’amour et l’eau fraîche suffisent-ils ?
En tant que jeune créateur, il faut effectivement passer par un temps difficile quasi incompressible où la création n’est pas rémunérée et où les projets sont autant de pari sur l’avenir. Nombreux sont les projets qui, sans être des vrais ratages, en étant parfois même assez réussis, ne suffisent pas à percer le plafond de la subvention ou même du début de la rémunération. Chacun se débrouille avec la nécessité de gagner sa vie en attendant, et une sélection « naturelle » s’opère à l’endurance et à la persévérance – ce qui n’est pas forcément le meilleur critère de sélection pour des artistes, à mon sens. Je pense qu’en France les institutions manquent d’une pensée globale de la jeune création. Je pense par exemple au fait que les parcours individuels au sein de compagnies déjà solidement installées sont plutôt privilégiés en sortie d’école. Cela dit, cela pose une bonne question : oui, le théâtre se suffit à lui-même. Oui, il faut faire le théâtre ; et oui, le théâtre se fera. Si pour continuer à créer les jeunes doivent devenir des sortes « d’amateurs », et maintenant leur effort de création en parallèle d’une activité plus rémunératrice, il y aura des gens pour le faire.

Tu es un fervent défenseur de la culture et de son accès au plus grand nombre. Une utopie aujourd’hui ?
Absolument. Toujours et encore un combat depuis la décentralisation. Je suis particulièrement défenseur d’un accès à la culture par la pratique : non seulement pratiquer un art est beaucoup plus valorisant et engageant, mais en plus le fait de pratiquer donne automatiquement des clefs en tant que spectateur. Celui qui pratique devient très vite un spectateur éclairé, et même affamé, qui se sentira concerné par l’art et qui dépassera la sensation que l’objet culturel, opaque et abscons, n’est pas pour lui. Je pense que le théâtre a une place gigantesque à tenir au cœur de nos sociétés, et nous ne le savons pas encore. Et je pense que pour inviter le théâtre à cette place, il faut l’ancrer dans le cœur de chaque citoyen comme un moyen d’expression et de débat public évident. Et pour cela, rien de tel que l’éducation, et le pari sur la génération prochaine. Faisons faire beaucoup plus de théâtre à l’école ! Comme toujours, l’éducation est la clef des utopies de demain.