Faut-il que les médias répètent mécaniquement la même chose pour qu’elle devienne vérité ? Trois affaires, qui n’ont pas réellement de lien entre elles nous amènent à cette préalable et curieuse réflexion. Comme si la multiplication des canaux de communication n’avait absolument pas amélioré la qualité de cette information mais plutôt participé à son uniformisation.
La première est revenue à mon esprit après la diffusion lundi 13 janvier dernier sur la chaîne LCP (une chaîne que je zappe régulièrement pourtant…) d’un documentaire intitulé « 30 ans de guerre au nom de Dieu », réalisé par Thomas Jonhson (ce documentaire est toujours visible sur Youtube). Ce très beau documentaire, qui comporte deux parties, a pour ambition de montrer comment ces 30 dernières années se sont multipliées toutes sortes de Guerres (souvent liées les unes aux autres d’ailleurs) au nom d’une religion avec pour épicentre, la région du Golfe Persique et du Moyen-Orient. La seconde partie s’attarde notamment sur le mensonge de tout l’État Américain pour justifier la troisième Guerre du Golfe, la seconde invasion de l’Irak en 2003 avec pour justification la détention d’armes de destructions massives par le régime de Saddam Hussein. Et une bonne partie de l’argumentaire utilisée par les néoconservateurs américains, emmenés par l’horrible trio D. Cheney, R.Rumsfeld et P.Wolfowitz, repose justement sur la répétition dans tous les médias occidentaux de mensonges afin de transformer ceux-ci en vérités absolues. Non, S. Hussein n’a jamais détenu d’armes de destructions massives, et tous les protagonistes de l’affaire (américains, anglais et tutti quanti) le savaient pertinemment. Petite extension perso, il faudra bien un jour que messieurs Bush Jr et T. Blair soient jugés pour ces crimes…
La seconde nous a explosé à la face en cette fin d’année 2013 et ce début d’année 2014, nous voulons parler évidemment de l’affaire Dieudonné. Sans vouloir en remettre une couche sur cette belle mascarade, on a pu s’apercevoir de longues journées durant que la plupart des observateurs, journalistes, éditorialistes, politiques, humoristes, tous sans exception, se sont embarqués dans une course folle et démesurée pour dénoncer le « négationniste » M’Baala M’Baala. À tel point que Dieudonné est devenu à leurs yeux antisémite, révisionniste et, comme si cela ne suffisait pas, négationniste. Confondant les propos que l’humoriste tenait sur scène dans le cadre de son spectacle avec les propos de l’homme public, la majorité des journalistes du paysage audiovisuel français a participé à rendre cette absurdité vraie. Et comment ne pas interdire un négationniste ? Ben voyons, faisons la même chose avec Desproges, Bedos et confrères. Quand Elie Semoun interprète le rôle du jeune Toufik, confond-on la stupidité du personnage, jeune arabe issu des quartiers difficiles, avec celle de son auteur ? Non, parce qu’Elie Semoun joue un rôle, un sketch, or tout le propos des journalistes et hommes politiques français aura été de nier cette dimension artistique vis à vis de Dieudonné. Et répéter à l’envie que notre homme était bel et bien négationniste. Sans aucune preuve à l’appui bien entendu, il suffit de vérifier… Seconde petite extension perso, seuls trois personnalités ont osé, en pleine tempête, prendre la défense de Dieudonné : Denis Robert, Plantu et Alexandre Astier. Sévèrement burnés ces trois-là !
La dernière affaire n’est pas la moins humiliante, pour nous autres Français. En effet, elle concerne l’intervention des forces françaises en Libye. Une intervention placée sous mandat Onusien mais le zèle français ira jusqu’à l’élimination de M. Kadhafi, le leader libyen que N. Sarkozy reçut pourtant en grande pompe quelques années auparavant (qui aura oublié la fameuse tente bédouine sur les jardins de l’Elysée ?). Cette intervention militaire avait pour but d’éviter le massacre par les autorités Libyennes de la population civile de Benghazi (et à moindre mesure à Misrata), symbole alors de la révolte dite populaire. Les médias répéteront, des heures durant, l’imminence du massacre de Benghazi… Un autre mensonge (aucune preuve d’un prétendu massacre n’aura été vérifiée) rendu possible grâce à Bernard-Henri Lévy et à l’étendue de ses réseaux médiatiques !!! M. Kadhafi, que la France avait reçu avec tous les honneurs (nous avions même failli lui vendre quelques Rafales…), était devenu un tyran sanguinaire sans aucune limite. Une intervention militaire devenait alors évidente. Troisième extension perso, on prête aux forces spéciales françaises l’assassinat du guide suprême de la révolution libyenne, lorsqu’on songe au no man’s land qu’est devenue la Libye, on mesure mieux la légèreté du gouvernement français de l’époque…
On aurait pu croire que plus d’informations allaient nous rendre ces mêmes informations plus riches, plus diversifiées, donc plus libres, l’expérience nous prouve le contraire. La vérité n’est plus à démontrer, il suffit d’affirmer avec force, conviction et répétition. C.Q.F.D.




