Sans vouloir entrer dans aucune polémique ni concurrence mémorielle, laissons cela au gouvernement qui se débrouille très bien pour attiser les braises de la haine ordinaire (réécouter les déclarations de M. Valls sur les Roms !), on ne peut pas dire que la période esclavagiste ait fortement nourri le cinéma occidental. Et ce n’est pas la soupe servie l’an dernier par Quentin Tarantino, « Django Unchained », qui aura changé quoi que ce soit au sujet. On pourrait également évoquer « Case Départ », le film de Thomas Ngijol qui avait choisi une voie alternative, celle de la dérision totale, pour évoquer ces années sombres. Il convient, toutefois, de rendre hommage à la télévision américaine, une fois n’est pas coutume, qui eut l’audace de produire et de diffuser l’unique série, excellente série, « Roots », à la fin des années 70, qui relatait le destin d’une famille afro-américaine sur plusieurs générations. Un peu à la manière de la série « Holocauste » diffusée sur NBC quelques mois plus tard après « Roots », qui suivait le tragique destin de la famille « Weiss », une famille de juifs Allemands durant la seconde Guerre Mondiale. Cette série, « Holocauste », servit de prise de conscience pour toute l’industrie américaine du cinéma qui avait, jusque-là, largement occulté cette période de l’histoire dans sa production…

Hélas, le sort des Afro-Américains durant la période esclavagiste ne suscitera malheureusement pas le même engouement de la part de l’industrie Hollywoodienne et il faudra attendre de longues, longues années avant qu’un grand cinéaste, Steven Spielberg, avec « Amistad », ne s’intéresse à cette période peu glorieuse de l’histoire américaine. Le film de S. Spielberg réalisera d’ailleurs l’un des moins bons scores au box-office du réalisateur américain. « 12 years a slave » est donc l’adaptation cinématographique signée Steve Mac Queen (sans doute l’un des plus intéressants sinon des meilleurs réalisateurs du moment) d’un ouvrage autobiographique de Solomon Northup. Fermier et violoniste virtuose, S. Northup vivait libre à New York lorsqu’il fut enlevé et vendu, illégalement, comme esclave dans des plantations de coton en Louisiane. N’ayant jamais connu auparavant la condition d’esclave, S. Northup mettra douze longues années pour faire enfin valoir ses droits d’homme libre et renouer ainsi avec la liberté. Le film de S. Mac Queen est une plongée d’une rare puissance dans un univers d’une cruauté sans limite. Espérons simplement que « 12 years a slave » aura le succès public qu’il mérite. Et qu’il soit vu par le plus grand nombre d’entre nous.

 Sortie le 22 janvier