Deux informations concomitantes se percutent et titillent nos cerveaux embrumés par la faiblesse de notre classe politique actuelle. Un président aux abonnés absents (« mon ennemi, c’est la finance… » alors que son conseiller économique, Emmanuel Macron, est un ancien associé de la banque Rothschild !!!), un gouvernement aux abois, une opposition sans voix, un centre hypocrite occupé à se partager les postes, un parti écologique unique et sans intérêt (combien de couleuvres avalées ?), une gauche historique, inexistante, trop occupée à la sauvegarde de ses derniers bastions municipaux. À qui profite le crime ? Suivez mon triste regard… Chronique d’un prochain séisme… Laissons là ces basses observations politiques pour revenir à deux informations essentielles qui n’ont pourtant pas été relayées par l’ensemble de nos grands médias, pour cause…

La première date de fin septembre, époque à laquelle la Cour des Comptes faisait état d’un rapport commandé par la commission des finances du Sénat sur l’efficacité des aides publiques consacrées à la presse française. Ce rapport intervenait plusieurs mois après un autre et précédent rapport annuel de la Cour des comptes, remis en février 2013, dans lequel l’institution relevait déjà le résultat limité du plan d’aide à la presse pour lequel les gouvernements avaient déjà dépensé 5 milliards d’euros entre 2009 et 2011 (684,3 millions d’euros pour le seul budget 2 013). « En tout état de cause et comme en témoigne la décroissance du tirage et de la diffusion, la crise de la presse persiste et s’accroît, en dépit des moyens importants engagés par l’État », constatent à nouveau les sages de la Cour des Comptes qui se sont penchés sur les mesures prises depuis 2011. « Au regard des objectifs actuels de maîtrise des finances publiques, ce constat appelle un réexamen approfondi de l’efficacité et de l’efficience des multiples dispositifs de soutien », jugent-ils. Les mesures préconisées sont sensiblement proches de celles déjà formulées en février. Le réexamen de l’abattement fiscal accordé aux journalistes (dont le coût est évalué chaque année à 60 millions d’euros) et une série de mesures techniques concernant les aides à la distribution pourraient être appliqués à court terme », selon ce même rapport de la cour des comptes. L’idée serait, à terme, de « simplifier les aides directes à la presse pour faciliter leur pilotage mais également de concentrer leur impact dans deux directions complémentaires : la presse d’information politique et générale et la transition technologique de la filière ».
La seconde information est plus récente et a été délivrée par l’OJD (Office de la Justification de la Diffusion). Les quotidiens nationaux ont vu la baisse de leurs ventes s’accélérer en septembre et affichent sur neuf mois un recul de plus de 7 %, plombés par une chute de 15,3 % de leurs ventes en kiosque. Hormis La Croix, tous les grands titres sont en recul, le plus touché étant Libération, qui prévoit des résultats déficitaires de plus d’un million d’euros cette année. En moyenne, en diffusion payante en France (comprenant la vente au numéro, les abonnements papier et numériques et la vente aux tiers), le recul sur neuf mois est de 16,5 % pour Libération dont une chute de 29,5 % pour ses ventes en kiosque qui s’élèvent à 102 000 exemplaires. La baisse est aussi de 3,7 % pour Le Figaro (dont -10 % en kiosque), à 313 000 exemplaires, de 5 % pour Le Monde (dont -17,5 % en kiosque), à 275 000 ex. et de 9,7 % pour le Parisien (dont -18 % en kiosque) à 250 000 ex. Ce recul vaut également pour la presse spécialisée, comme L’Équipe, à 165 00 exemplaires, en baisse de 11 % (dont -15,4 % en kiosque) ou Les Échos à 251 400 exemplaires, et de 1,4 % pour les Échos (dont -14 % en kiosque), à 122 000 exemplaires. Une seule bonne nouvelle vient cependant atténuer ce constat catastrophique, économiquement parlant. Il s’agit de la montée en puissance de l’utilisation des tablettes et smartphones, tous les titres ayant profité d’une envolée de leurs ventes en version numérique, avec un bond de +39 % en moyenne sur neuf mois pour ce nouveau segment, développé encore très inégalement selon les journaux, et qui pour les plus avancés (Les Échos, Le Monde, Le Figaro et Libération) peut représenter jusqu’à 10 % du nombre de numéros vendus. Toutefois, la hausse de cette offre numérique ne composera jamais l’effondrement des ventes papiers…

Évidemment, face à ces deux informations, se posent trois questions incontournables : celle de la continuité du soutien indéfectible de l’État (qui verse chaque année, sans aucune contrepartie de gestion ni réelle justification au fond, 6,7 millions d’euros à L’Humanité, 10 millions à Télérama, 18 millions au Monde, 17 millions au Figaro, 15 à Ouest France, 10 à Libération…), celle de l’opportunité à maintenir une niche fiscale aux journalistes et enfin celle de la représentativité de ces médias dans notre quotidien. L’importance de Libération (pour ne citer que ce journal sans doute le plus symbolique) dans notre quotidien médiatique se justifie-t-elle encore par ces 100 000 ventes quotidiennes sur l’ensemble du territoire national ? L’État viendra-t-il vous (ou nous) aider si demain votre (ou notre) activité professionnelle venait à disparaître ???