Il y a peu, nous avons eu l’occasion de soutenir l’excellent film de Hany Abu Assad, « Omar », magnifique polar sur fond d’histoire d’amour entre deux jeunes Palestiniens prisonniers d’un environnement aussi complexe qu’hostile. Il est intéressant de comparer ce film, « Omar » avec « La vie d’Adèle », autre histoire d’amour contrariée mise en scène par Abdelatif Kéchiche. Un amour intense et irrépressible qui s’exprime par un simple effleurement de lèvres en Palestine et par une débauche de chorégraphie dénudée et explicite du côté du Nord de la France chez Kéchiche. Ces deux films se voulant comme le miroir non déformant de leur réalité respective. Voilà qu’un troisième film, tourné par un cinéaste Afghan réfugié à Paris, Bark Akram, révélé en 2008 avec « L’enfant de Kaboul », propose sur cette même trame passionnelle une vision complémentaire et nouvelle de la réalité afghane. Wajma est une adolescente afghane, vivant plus ou moins librement à Kaboul et se prépare presque sereinement à des études supérieures. Mais lorsque dans cet environnement perturbé, Wajma tombe sous le charme de Mustafa, un jeune serveur qui semble lui aussi partager cet intérêt, son existence quotidienne va peu à peu se transformer. Les deux amoureux sont espiègles et passionnés, mais aussi prudents face aux nombreuses règles de leur société qu’ils décident d’enfreindre. Mais un jour, une nouvelle remet en cause leur relation et provoque le retour du père de Wajma…
Avec ce second long-métrage sélectionné et remarqué au festival de Sundance, B. Arkam a choisi non pas tant de miser sur la symbolique qui pourrait alourdir son histoire d’amour que de jouer sur la simplicité d’une mise en scène et d’un scénario somme toute universel. Une simplicité qui entend donner vie aux personnages qui ne sont pas que les pions d’une dissertation sur une société encore ultra patriarcale ou sur la violence faite aux femmes en Afghanistan. Cette simplicité scénaristique et de mise en scène rend plus concrète la brutalité de cette histoire, qui plus est, portée par des acteurs convaincants et impliqués. À la manière de Haifaa Al Mansour qui croquait avec réalisme et vérité, il y a quelques mois à peine, le quotidien d’une fillette saoudienne déjà prisonnière de codes étriqués, voir et revoir « Wadja » premier film saoudien de l’histoire du cinéma ! A. Arkam filme le quotidien de Kaboul à travers cette histoire d’amour non pas pour dénoncer le triste sort réservé aux femmes dans ce coin du monde mais bien pour nous permettre de mieux appréhender la complexité quotidienne de cette société afghane. C’est aussi ça, le cinéma.

Sortie mercredi 27 novembre