Tout cela ne va pas nous rajeunir… Je me souviens d’une émission de télé, il s’agissait d’« Apostrophes », à la fin des années soixante-dix. Quant à savoir ce que je foutais devant cette émission à ce moment-là précis, mystère et boule de gomme ! Le hasard certainement. Tout à coup, alors que mon père commençait sans doute à ronfler, je vois ce vieil homme boire directement à la bouteille et raconter tout un tas de conneries auxquelles je ne comprenais strictement rien. Il était bel et bien bourré : il s’agissait visiblement d’un auteur américain qui finira par quitter le plateau après avoir caressé le genou d’une invitée, un poil trop guindée à son goût… Ce n’est que plus tard que j’apprenais que le type en question était Charles Bukowski et je découvrais, complètement ahuri, « Les contes de la folie ordinaire »…
Mais avant de connaître la postérité à défaut de fortune, Bukowski avait passé la majeure partie de sa vie dans la misère à Los Angeles. Il était de ceux qui essayaient de survivre. Entre le quotidien, les petits boulots, les filles d’un soir, les rencontres de hasard et d’interminables beuveries. Bukowski s’est toujours tenu en marge des milieux littéraires, ce sera son pain quotidien jusqu’à la fin de sa vie. C’est dans ces bas-fonds qu’il cherche la sève de son écriture. Bukowski écrit ce qu’il vit, même s’il use de pseudonymes (comme John Fante, auteur qu’il admirait profondément), chacune de ses nouvelles est une expérience de vie. « Bubu’s blues », mis en scène par Maire-Paule Laval (pour la compagnie Bruno Boëglin), restitue l’esprit même de Bukowski. Sans compromission. La pièce va chercher dans ses meilleurs textes une galerie de portraits, un méandre de petites aventures du quotidien pour nous donner sur une scène de théâtre toute la mélancolie, la poésie mais aussi la vulgarité de Monsieur Chinaski.
Théâtre le Verso – Saint-Etienne
Les 12, 13 et 16 décembre




