Tout le monde se souvient d’Omar m’a tuer… Du combat exemplaire du feu Maître Vergès pour parvenir à la réhabilitation de ce pauvre Omar Raddad. N’oublions pas qu’après tout, le meurtrier de cette pauvre Ghislaine Marchal est toujours en fuite par la grâce et le bonheur de la police et de la justice françaises… Mais c’est d’un autre Omar que j’aimerai vous parler, celui du réalisateur Palestinien Hany Abu-Assad, « Omar », sans doute l’un des meilleurs films de cette année 2013, Prix du Jury dans la section « Un Certain Regard » lors du dernier Festival de Cannes, sorti sur nos écrans dans une belle indifférence médiatique à la hauteur du courage de nos principaux médias culturels nationaux. Ce film est remarquable et ce à plusieurs points de vue.
Il s’agit d’un polar parfaitement maîtrisé, réutilisant tous les ingrédients du film de genre : suspense, violence, trahison, manipulation, course-poursuite (il n’est pas ainsi nécessaire de détruire 544 voitures, de faire exploser 56 tonnes de dynamite et de réduire en cendre 2 tours jumelles pour imaginer des courses-poursuites très prenantes avec à la clé une belle leçon de cinéma), amours défendus… Il y a quelque chose de Keyser Söze dans ce personnage d’agent israélien, manipulateur jusqu’à l’extrême, sauf que dans le film de Bryan Singer (« Usual Suspects »), Keyser Söze s’en sort, l’agent Rami de Hany Abu-Assad, non.
Il s’agit d’une des plus belles histoires d’amour de ces dernières années au cinéma. La passion qui unie Omar à Nadia, magnifique, n’a d’égal que leur impossibilité à la croquer pleinement. Alors que la Palme d’Or récompensait le film d’Abdellatif Kéchiche mettant en scène deux jeunes filles « se bouffant allègrement la chatte », je sais cela peut paraître vulgaire raconté ainsi (mais c’est bien le cas à l’image), « Omar » dégage dans un simple baiser, une puissance érotique rare. Il suffit que les deux amoureux s’effleurent les doigts pour sentir toute la puissance de leur désir, un désir impossible à assumer tant le poids des traditions se fait lourd. Il ne fait pas bon tomber amoureux en Palestine…
Il s’agit d’un film politique qui est tout sauf naïf ou manichéen. Nul doute que le peuple Palestinien doit, en bonne partie, sa soumission actuelle à la malhonnêteté de sa classe dirigeante. Il est bon ici de rappeler que le Hamas, la branche armée qui dirige actuellement la fameuse Bande de Gaza, après qu’il eut été victorieux des urnes, a été sinon créé mais financé par les services spéciaux Israéliens pour affaiblir, justement, le Fatah, le parti émanant du mouvement terroriste de l’OLP de Yasser Arafat. L’OLP et le Fatah qui étaient, rappelons-le, d’essence laïque. Le Hamas se réclamant d’un Islam politique disons un poil plus « intrusif »…
Il s’agit d’un film ancré dans une réalité sociale qui dénonce la situation tout simplement intenable d’une partie du peuple Palestinien, vivant sous les lois d’exception de la police et de l’armée Israéliennes. Précautions d’usage : L’État Israélien a droit, comme tout autre état, à la sécurité et au bien-être de sa population. L’histoire nous montre les limites morales et démocratiques d’une société lorsque sa sécurité et son bien-être se font exclusivement sur le dos d’une autre population. Il faut être aveugle ou d’une mauvaise foi évidente pour ne pas voir dans la situation du peuple Palestinien, une injustice internationale insupportable. Le Peuple Palestinien est bien la seule victime de ce conflit. C’est bien toute cette jeunesse Palestinienne, celle que Hany Abu-Assad montre, qui est sacrifiée sous l’autel de nos lâchetés. Nos dirigeants ne clament-ils pas à tort et à travers que la France est la terre de naissance des Droits de l’Homme ? Chaque seconde, chaque jour en Palestine, les droits de l’homme sont bafoués dans l’indifférence la plus totale.
Il s’agit d’un film qui redonne encore du sens au cinéma, un cinéma comme un cri, une ode à la liberté et à l’amour. Un cinéma donne du sens tout en distrayant. Un cinéma qui amuse tout en faisant réfléchir. Un cinéma qui interpelle tout en donnant à découvrir.
Il ne faut pas oublier qu’à l’origine, la plupart des mouvements islamistes, ou se revendiquant comme tel, prennent la situation Palestinienne comme premier argument de leur lutte armée contre le grand Satan, l’ennemi Américain qui soutient sans condition chaque gouvernement Israélien. Il y a au sein même du peuple Israélien, des voix, de plus en plus fortes et puissantes, qui s’élèvent pour dénoncer à la fois l’immobilisme d’une situation insupportable mais aussi la discrimination dont sont victimes les arabes Israéliens et, plus généralement, les Palestiniens. Seulement, ici en France ou en Europe, ces voix ne sont jamais relayées. Allez savoir pourquoi…
Une chose est sûre, « Omar » est un grand film.




