Créé en 2010, Anouk Aïata est un duo compose de la chanteuse éponyme et de violoncelliste Amos Mah, issue du Conservatoire de Musique. Leur premier album s’intitule « La femme mangeuse des nuages du ciel », on y retrouve des influences Folk, Jazz, World et de chanson Française à travers des textes toujours poétiques et teintés d’imaginaire. Sa voix suave et chaude apportant une texture encore plus singulière à un ensemble difficilement définissable. Rencontre :

Anouk Aïata, c’est vous mais c’est aussi un duo, parlez-nous de votre compère et violoniste Amos Mâh ?
J’ai rencontré Amos en 2008, on jouait ensemble dans un groupe, depuis on fonctionne vraiment comme un duo ; il est, comme j’aime à l’appeler « mon frère de son ». Nous avons construit le groupe Anouk Aïata ensemble. Il écrit et compose avec moi toutes les chansons de notre répertoire. Il tient le violoncelle sur scène mais est également multi-instrumentiste.

Vous avez vos premières impressions musicales en écoutant « Stewbal » de Hugues Auffray en maternelle. Vous lui en voulez toujours ?
Hi hih hih ! Aaah cette histoire de Stewbal : j’ai vraiment bien fait d’en parler… ;). J’ai découvert cette chanson en classe verte, je devais avoir 6 ans et c’est vrai que ça m’avait marqué… mais ce n’est pas non plus un étendard pour moi ; mon père écoutait Barbara, La Callas et les Beatles à la maison, qui m’ont beaucoup construite également sûrement même plus que Stewball, mais ce que je retiens surtout de cette chanson, c’est une mélancolie absolue, qui s’était emparée de moi…, et je dois dire que j’aime aussi ça dans la musique .

Vous avez beaucoup écouté les grandes voix féminines, Barbara, Ella Fitzgerald… Qu’ont-elles en plus que les autres ?
Je ne sais pas… un supplément d’âme, un sens mélodique hors du commun. Ce sont, à mes yeux, des interprètes exceptionnelles, Barbara a des textes magnifiques, criants de beauté, Ella a un swing fou et chantait de doux mots d’amour ; ce sont ‘ »des conteuses d’histoires » qui vous prennent la main et vous emmènent là où elles veulent. J’ajouterai également Lisa Gerard, la chanteuse du groupe « Dead can dance », qui a été un pilier de ma construction en tant que chanteuse. Je crois vraiment que ces femmes étaient, ou sont, dans une quête du beau et du vrai et c’est ça la musique de la justesse, de la beauté, de la vie !

Peu à peu, votre univers musical s’est ouvert au Jazz et au Reggae. Qu’est-ce qui vous a attiré vers ces musiques ?
Amos et moi adorons le jazz, qui fût un élément clef, je pense, dans nos parcours musicaux respectifs. Pourquoi ? Je ne sais pas, c’est le cœur qui parle. C’est comme ça, le jazz c’est la langue des instruments et de l’amour. Quant au reggae, je dois dire qu’Amos n’a pas du tout d’affinité avec ce courant musical, pour ma part un bon Bob Marley ou un bon vieux rock steady ne me déplaisent jamais. J’aime les textes et les mélodies riches de Marley et j’aurai toujours 17 ans en l’écoutant… Un peu comme Stewball justement, Bob Marley c’est un peu mes madeleines de Proust, et je dois dire qu’il n’a pas pris une ride 🙂

Comment s’est déroulée votre rencontre avec Amos Mâh ? Son univers musical était très différent, il est issu du Conservatoire de Musique, porté vers la musique contemporaine… Quels sont vos points de rapprochement ?
Nous jouions ensemble dans un groupe de trip hop et très vite, on s’est rendu compte que nos sensibilités musicales étaient, sinon proches, du moins complémentaires, idem pour nos personnalités. Amos est un artisan, un créateur et j’aime ça. il a été formé au conservatoire au travers de la musique classique, de la musique médiévale mais aussi contemporaine. Il a beaucoup écouté de jazz, surtout instrumental, de Ellington à Herbie Hancok mais aussi les Beatles, les stones et même Renaud. Donc, au-delà de l’humain je crois que ce qui nous unit et cet amour profond des mots et de la mélodie, c’est notre meilleure façon de parler la musique. De plus, je suis autodidacte, il est un très bon technicien et nous retrouvons autour du même amour des mots simples et justes, nous avons envie de parler des mêmes choses, de la même manière, il est, pour moi, le partenaire idéal, tant nous nous comprenons, c’est donc mon frère de son !

Comment définiriez-vous musicalement ce premier album ?
Il s’agit d’un album sans interdit, un voyage aussi bien dans le temps que dans l’espace… Je dirai presque de la world française ou de la » musique traditionnelle d’un pays imaginaire » ahana ! Il y a onze chansons et ce sont onze tableaux, onze décors, onze paysages différents. Nous voulions quelque chose de métissé qui soit le reflet de ses musiques qui nous ont bercées, le reflet de ce que nous sommes.

La réalisation de l’album a été confiée à Jean-Louis Solans. Pourquoi ce choix ?
Jean Louis nous suit depuis le début, il est devenu un ami et c’est un guitariste hors pair qui nous accompagne sur scène depuis maintenant 3 ou 4 ans. Comme il a participé a beaucoup de projet de réalisation d’albums (Salif Keita, Souda Massi, Neka…), notamment avec Jean Lamoot, nous lui avons fait confiance et avons choisi de travailler avec lui sur ce premier album.

Dans vos chansons, on retrouve l’influence du Flamenco du Jazz, de la Folk, de la Chanson Française, de la Soul… Comment composez-vous cet heureux mélange ?
Comme je le disais nous ne nous sommes rien interdit, on a laissé venir à nous les choses, les mots, les couleurs et voilà le travail !

Comment vous présentez-vous sur scène ?
Nous sommes 4 : Amos Mâh est au violoncelle, Jean-Louis Solans à la guitare et nous avons été rejoints en mars par Pascal Robert à la batterie.

 Quelle est votre attitude face à la scène ? Êtes-vous plutôt intriguée, timide, exaltée, excitée… ?
J’ai un trac fou que je pense dissimuler en faisant des blagues…, ce qui ne fonctionne pas vraiment… C’est toujours un moment d’euphorie ou de grande déception, un concert. On veut donner le meilleur parfois c’est le cas, après on se sent tout puissant et très excité ou alors c’est la « plantade » et là, je vous raconte pas la loose dans les loges. La scène ne triche pas… On sait toujours si on a été bon, ou juste, ou mauvais, à côté quoi…, toujours et encore cette quête de vérité.

Les textes laissent libre court à l’imaginaire le plus débridé. Qu’est-ce qui motive votre écriture ?
Nous aimons les mots, la poésie, les images qui vous emmènent ailleurs, je reconnais que je préfère parler de la feuille d’arbre au vent plutôt que de comment ça se passe quand je prends le métro. Je n’ai rien contre le quotidien et le concret mais je dois avouer que la vie est poésie et nous aimons, Amos et moi, rendre hommage aux choses simples… Comment dire, nous faisons une musique de contemplatifs, on aime la magie, le beau, le bucolique alors on en parle dans nos chansons…

Composez et écrivez-vous tout à quatre mains ?
C’est très anarchique. Parfois on arrive à notre séance de travail avec un texte et une musique finis, d’autres fois, Amos a un texte et pas de ligne de chant ou inversement. Certaines chansons ont véritablement été écrites à 4 mains, quand d’autres ont eu un cheminement plus solitaire, mais il y toujours de nous deux dans chacun de nos titres.

Qu’attendez-vous de ce premier album ?
J’attends qu’il fleurisse, qu’il nous fasse voyager et rencontrer notre public et surtout qu’il ne soit que le premier d’une longue série !

Votre partenaire Amos, dit de vous que vous êtes une funambule… N’avez-vous pas peur de tomber ?
Mais oui, tellement !  Mais il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne tombent pas, alors hop !, sur le fil , et on avance !

Finalement, vous trouvez-vous en phase avec notre époque ?
Aaaarrrrghhh !! Pas vraiment, non, je m’amuse souvent en disant que je suis une ringarde, à côté de la plaque et que je ne comprends rien à notre époque… Mais en même le vintage est très à la mode ! Je me dis que, finalement on est sûrement plus dans l’air du temps qu’on ne le croit, avec notre côté poussiéreux ! Ce qui est sûr, c’est que mes valeurs et celles d’Amos tendent plus vers la simplicité, la poésie et le naturel. Nous sommes très loin du paraître et de l’avoir… En clair, nous ne sommes pas très 2013, en effet !