C’est avec ce film réalisé en 1998 par Tony Scott, le frère décédé de Ridley, que je fais connaissance pour la première fois avec la NSA, l’agence nationale de sécurité américaine. Cette agence de renseignement américaine, qui contrairement à la CIA a toujours su rester dans l’ombre, a été créée sur les cendres de la seconde guerre mondiale, et a pour objectif la collecte d’informations secrètes via les réseaux de télécommunications ou les nouvelles technologies. Dans le film de T. Scott, la NSA est clairement accusée (et c’est tout le paradoxe américain !) d’assassiner un sénateur américain opposé à une nouvelle loi sur le contrôle des données de télécommunication. Le film montre précisément la débauche de moyens humains et technologiques dont l’agence dispose pour briser la carrière (et éventuellement liquider) d’un avocat interprété par Will Smith. Ce film était donc prémonitoire. Car après les attentats du 11 septembre 2001, la NSA se voit renforcer dans son rôle d’écoute et de surveillance par les gouvernements Bush. En 2010, on estimait alors son budget de fonctionnement à 12 milliards de dollars, elle emploierait plus de 60 000 personnes et a fait construire un centre de traitement de données ultra-sécurisé et moderne au fin fond de l’Utah pour plus d’un milliard d’euros d’investissement.

Et voilà donc que la NSA se retrouve au centre d’un scandale énorme par la grâce d’un jeune informaticien, un certain Edward Snowden, aujourd’hui exilé à Hong Kong. Ed Snowden n’est pas encore âgé de 30 ans et il a travaillé pour le compte de différents sous-traitants informatiques avant d’être embauché par la CIA comme informaticien. Visiblement, il n’y a aucun doute quant à sa crédibilité. Lors d’un entretien au quotidien anglais « The Guardian », le 9 juin dernier, Ed. Snowden a révélé l’existence de deux programmes de surveillance des communications jusque-là tenus secrets. Son entretien au « Guardian » révèle donc l’existence d’un premier programme secret permettant la récolte depuis 2006 des données d’appels téléphoniques aux États-Unis via l’opérateur Verizon (équivalent d’Orange ou de SFR chez nous) mais aussi d’autres opérateurs vraisemblablement et d’un second programme, nommé Prism, visant à intercepter les communications d’internautes étrangers se situant hors des États-Unis sur les plus grands réseaux sociaux dont Facebook, Google, Apple, Twitter, Microsoft, Skype, Youtube, AOL… Bien évidemment, l’ensemble des sociétés incriminées n’a pas manqué de nier leur implication dans un quelconque système de surveillance mais, curieusement, la confirmation de l’existence d’un tel programme émanera de la Maison Blanche, en la personne de James Clapper directeur du renseignement national dans le gouvernement Obama. Obama dira, plus tard, qu’il faut bien accepter « quelques concessions dans la lutte contre le terrorisme »… Ah, cette fameuse ou cette fumeuse guerre contre le terrorisme !

Cette révélation montre dans un premier temps que tous ceux qui avaient encore quelques lueurs d’espoir envers la personne du président américain se sont largement plantés et que B. Obama poursuit exactement la même politique que son prédécesseur George Bush. Personnellement, nous n’y avons jamais cru, nous… Dans la grande majorité des dossiers nationaux (Guantánamo) ou internationaux (le dossier Palestinien), Barack Obama n’aura donc pas fait mieux que G. Bush. Comment avions-nous d’ailleurs pu espérer qu’un président des États-Unis aurait eu un zeste d’intelligence ou d’impartialité…? Faut-il que nous soyons si stupides pour croire qu’un métis parce qu’il avait du sang noir serait différent, ou plus humain ? Nul doute que comme Bill Clinton, B. Obama fera, après son second mandat, un très bon acteur ou un conférencier payé hors de prix. Si l’habit n’a jamais fait le moine, la couleur non plus !

Cette révélation montre, dans un second temps, la différence de traitement que le gouvernement accorde au traitement de l’information selon que l’on soit américain ou non. En effet, une loi très stricte empêche la surveillance de tout citoyen américain sans ordonnance judiciaire. Mais toute personne non américaine ou se situant en dehors du sol américain ne bénéficie pas de cette faveur et peut être espionnée sans aucune limite. Donc tous ceux qui possèdent un compte facebook, twitter, skype qui ne sont pas américains peuvent être légalement espionnés par la NSA. C’est bon à savoir même si on n’a strictement rien à se reprocher… Alors que ces jours-ci se déroule le procès de Bradley Mannings, ce soldat américain soupçonné d’être la source de Wikileaks et d’avoir permis la mise à nu de tous les excès de l’armée américaine en Afghanistan notamment, un jeune citoyen américain ose à nouveau défier le gouvernement en révélant les agissements pour le moins controversés de la NSA. Et comme Daniel Assange, le fondateur de Wikileaks, Ed. Snowden a dû se cacher, on le dit à Hong Kong, pour pouvoir faire ses révélations. Il y a vraiment quelque chose qui cloche aux États-Unis… Les rares personnalités à oser affronter l’État Américain et révéler des vérités cachées sont traquées ou jugées comme des traites, comme des bêtes. Et si ceux qui sont censés être nos meilleurs amis étaient nos meilleurs ennemis ?