Les temps changent à une vitesse hallucinante. Une relecture de l’histoire nous permet, parfois, de vérifier la fragilité de nos engagements. Ainsi, par la voix du Ministre des Affaires Étrangères, Laurent Fabius, dont le cursus politique n’est pas totalement vierge, on apprend que la France souhaite armer la rébellion syrienne, afin de cesser le massacre d’une population innocente. Soit. Projetons-nous vingt ans en arrière en Algérie. Le Front Islamique du Salut gagne démocratiquement les élections législatives organisées par le pouvoir algérien. Pourtant, l’armée décide d’annuler ces élections démocratiques, dissout le Front Islamique du Salut dont les sympathisants plongent dans la clandestinité et mènent une lutte terrible contre le pouvoir Algérien. S’en suivra une guerre d’une bonne dizaine d’années faisant près de 200 000 morts. Pourtant, les gouvernements successifs français soutiendront, tous, le gouvernement algérien dans cette guerre civile d’une rare atrocité. Pourtant, nous, peuple de France, serons tous solidaires avec le pouvoir politique algérien pris en flagrant délit de déni démocratique. Aucune voix ici ne s’élèvera alors pour soutenir militairement les rebelles du F.I.S. 20 ans plus tard, c’est, en gros, le gouvernement Ayrault, via son ministre des Affaires Étrangères, en notre nom, qui prend la position diamétralement opposée. Et lorsqu’on voit où ont fini les combattants mais surtout les années fournies à la rébellion libyenne, on pourrait émettre quelques doutes sur ce soutien sans condition à l’armée de libération syrienne…
Le nouveau film de Merzak Allouache, réalisateur qui dû fuir justement en France les années de plomb algériennes, nous plonge dans l’après-guerre civile algérienne. L’action se déroule dans un petit village perdu dans les Hauts plateaux du pays. Un jeune homme court dans la neige traînant son balluchon. On découvre alors Rachid, un islamiste maquisard, qui regagne son village grâce à la loi de « Concorde civile ». Entrée en vigueur en 2000, la « Concorde Civile », prend le modèle de la réconciliation civile sud-africaine, elle est censée mettre fin à la « décennie noire », qui a coûté la vie à tant de personnes civiles innocentes. Cette loi, la même qui sera utilisée en Italie pour lutter contre la Mafia d’ailleurs…, promet à tout islamiste repentant qui rendrait ses armes en promettant n’avoir pas de sang sur les mains, une amnistie et la réinstallation dans la société. C’est cette promesse d’amnistie qui pousse donc Rachid à revenir dans son village. Mais la loi n’efface pas les crimes et Rachid s’engage dans un voyage sans issue où s’entremêlent la violence, le secret et la manipulation.
/// Sortie 10 avril




